
A La Fête de l’Huma / Hier
Le 17 septembre 2007 à 00h00

SI L’ON FAIT le comptage des noms les plus entendus, en cette dernière journée de la Fête de l’Huma, deux concurrents sont loin devant : « Sarko » et « Renaud ». Catégorie « raillé » pour le premier et « scandé » pour le deuxième. Vingt-trois ans que le chanteur et son bandana n’avaient pas fait irruption au rassemblement annuel des communistes. Hier, il y avait 80 000 personnes amassées devant la grande scène pour la venue de l’artiste. « C’était un motif supplémentaire pour se déplacer », précise Julien, 26 ans, qui a fait le voyage depuis la Seine-Maritime. Pour lui comme pour beaucoup, la présence de l’interprète de « Rouge Sang » (son dernier album) se justifie au-delà de la musique : « C’est un humaniste. Il a donc toute sa place à la Fête de l’Huma. »
Même Marie-George Buffet y va de son petit éloge. Sans aller jusqu’à parler de « camarade », elle le décrit comme un « compagnon d’engagement » et se présente comme « une grande fan », même si elle se trompe sur une de ses chansons, en lui attribuant la paternité du « Chiffon rouge », un texte écrit en réalité par Michel Fugain…
Engagement
Il est 17 h 48. Après la projection de quelques pages de réclame sur l’écran géant (« Arrêtez les pubs capitalistes ! » hurle un spectateur), Renaud fait son entrée. En guise de salut : une main sur le cœur et un poing levé furtivement. « Ça me fait plaisir de retrouver un vieil ami », plaisante le chanteur qui n’a jamais caché sa préférence pour les idées de gauche. Mais au lieu d’une chanson symbole, c’est « Malone », un titre dédié à son fils de 14 mois, qui fait office de hors-d’œuvre. Un choix étrange, qui n’a pas l’air de faire l’unanimité dans l’audience. En une phrase, Renaud rattrape le coup : « Mon fils parle déjà anglais. Si, si, il sait dire Fuck You Sarko. »

(LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN)
Hormis cette première chanson, le reste du concert a tout d’un clin d’œil géant. Dans la sélection des titres d’abord : « Miss Maggie », un pamphlet contre Margaret Thatcher, ou « Son bleu », dédicacé « à tous les gens que le libéralisme a mis au chômage ». Et quand la chanson n’est pas assez parlante, c’est avec des commentaires que Renaud rappelle son engagement. Exemple avec les paroles de « Docteur Renaud, Mister Renard » légèrement adaptées pour l’occasion : « A la pointe de son stylo, le renard n’a que des gros mots… Sarko. » L’audience approuve la modification à coups de « hourras » et d’applaudissements nourris. De l’aveu général, les retrouvailles sont réussies.
Thibault Raisse