Renaud dans la sagesse de l’âge

Centre Presse

1er avril 1996

« Boule de gomme et petits mystères », le retour de Renaud à Poitiers, après huit ans d’absence, n’a convaincu que les fans. Et encore…

Renaud mi-ange, mi-démon : samedi on a vu l’ange.

QUARANTE-TROIS ANS, jean’s sans trou. cheveux naturels, le Renaud qui était samedi soir aux Arènes de Poitiers ressemblait plus au Manu « cœur d’artichaut » qu’au Gérard Lambert des virées torrides à Rungis. Sage comme une image qui,, pour entretenir celle du voyou anarchiste en guerre contre le bourgeois, balance à des fans une dose de provocation… bien mesu­rée.

Pas de doute, dans l’esprit du public, Renaud est le chanteur de « Hexagone » avant d’être le pote à Tonton. Il le sait. « Le public vient pour les dix premières années de ma carrière. il attend « Hexagone » et « Où qu’c’est qu’j’ai mis mon flingue ? » Pourtant, si je dois choisir, artistiquement, je préfère les années 1985-1989. Et pis j’ai 43 ans, je ne vais pas chanter la zone, les mobylettes et la Pépette aux auto tamponneuses toute ma vie. »

Preuve par une heure trente samedi soir aux Arènes. C’est dans ces années-là qu’il a pioché pour monter son nouveau spectacle, au départ conçu pour des petites sal­les. Le hic, c’est qu’il n’a choisi que des ballades tendres et si parfois les mots piquent (« Le Déserteur », « Morts les enfants », « La Ballade nord-irlandaise », c’est long. Re­naud s’est assagi. Trop. Ou bien comme il le chante à la fin de « Mis­tral gagnant », il est fatigué.

« Le Marchand de cailloux » est bel et bien passé par là. Pourtant, le public est fan. Applaudissant à la moindre envolée verbale un peu provoc’ et réclamant du début à la fin cet « Hexagone » des temps jadis qui vient au dernier rappel tel un cadeau-pour-faire-bonne-impression. « Nous sommes maintenant soixante millions à prétendre au trône du roi (des cons) de France. » Signe que le chroniqueur-chanteur de Charlie Hebdo réactualise ses textes. Ce n’est d’ailleurs plus Charles Hernu, qu’il a rencontré en prison dans « Socialiste », c’est Laurent Fabius. Il y eut bien ce titre inédit « Welcome Gorbi », retiré de l’album « Marchand de cailloux » parce qu’entre « l’écriture et la sor­tie de l’album, Gorbi avait été remplacé par ivrogne nationaliste » et que « les chansons d’actualité n’ont qu’une valeur éphémère ». Mais n’est-ce pas cela qu’on aime tant en lui ? Ses coups de gueule, sa rage passagère qui nous dit « tous les systèmes sont dégueu­lasses ». Exit Gorbi donc. Et bon­jour la nostalgie des « dimanches à la con de quand (il) avait disons, dix ans ».

S.L.

  

Source : Centre Presse