RENAUD : « Il y a des jours où je me dis que l’homme est pourri »

(Journal inconnu)

Mars 1997

Dimanche 9 mars à 20 h 50 (France 2) : « Germinal »

Cinq ans après, le tournage de « Germinal » colle encore à la peau de Renaud. Pourtant, malgré sa per­formance exceptionnelle, il n’a eu aucune suite pour sa carrière de comé­dien : très peu de propositions et plus aucun film. Pour l’artiste écorché vif, cette expérience fut même un cauchemar. Miou-Miou avait déjà annoncé la couleur en déclarant : « Quand vous me voyez pleurer, ce sont de vraies larmes. » Sur la tension et l’autoritarisme du réalisateur Claude Berri, le chanteur ajoute aujourd’hui : « C’est un tyran. On l’avait surnommé « Germinator ». Il m’a humilié publiquement, avant de me ramasser à la petite cuillère. » Reste son rôle, qu’il défend toujours avec passion, et dont les accents de sincérité prennent une dimension toute particulière en raison des événements sociaux que l’on connaît actuellement en Belgique. Toute proportion gardée…

« Etienne Lantier », dit-il, « c’est une sorte de messie. II y en a beaucoup, dans l’histoire de l’humanité, des types qui veulent changer le monde, changer la vie, faire en sorte que les gens soient meilleurs et qu’il y ait plus de justice. Lantier se brûle les ailes à la dure réalité de la répression, de l’injustice du patronat, de l’armée, toujours unis pour faire triompher le capital. C’est un personnage éminemment sympathique et courageux. Certes, un peu trop naïf, un peu trop idéaliste. Mais il en faut, des Lantier ! Il a un vrai pouvoir de séduction sur les foules. Il est peut-être un peu grisé per cette notion de pouvoir, par sa facilité d’élocution, par ses lectures — lectures qu’il ne semble néanmoins pas assimiler très bien : il ne retient du « Capital » que des phrases toutes faites, des phrases qui sonnent comme des slogans, mais c’est justement celles qui marquent les foules. Lantier n’accepte pas les conditions de travail qu’on lui impose, que la société lui impose. A la fin du siècle dernier, ces conditions étaient abominables, mais il y avait du travail. Il y avait toute une vie. une vie souterraine pleine de fraternité, d’amitié, de solidarité chez les mineurs ; il y avait de la misère et de l’exploitation, mais les gens se sentaient utiles à quel­que chose. Il vaut mieux avoir un travail pénible, parce que ce qui fait la force et la dignité de l’homme, c’est de lutter, c’est de résister, même dans des conditions difficiles. Ce qui fait sa misère, c’est l’inactivité, le désespoir. Aujourd’hui, que doivent penser ceux à qui on vole leur bou­lot ? »

Dans sa décision d’accepter ce rôle, qu’il avait d’abord refusé, joua le fait que Renaud descend d’une fa­mille de mineurs. « Certains jours où je suis très optimiste, je me dis : « L’homme est bon, l’homme est grand, la vie est belle. » Et puis, il y en a d’autres où je pense qu’il est pourri, qu’il n’y a rien à faire. Le pouvoir, le pognon, la puissance, le cul, il n’y a que ça qui mène le monde. Je ne crois plus en rien. J’ai rencontré pendant le tournage des hommes immenses, généreux et simples. Des ouvriers. Le chanteur est plus proche du cœur des gens que l’acteur. Les chansons accompagnent la vie. »


Même avec sa femme et sa fille

Au terme de dix-neuf mois de concerts en tournée, Renaud est remonté sur la scène de l’Olympia en décembre dernier. Parallèlement, il a publié (aux éditions Ramsay) un livre de chroniques particulièrement toniques, « Envoyé spécial chez moi », recueil de mots acides parus dans « Charlie Hebdo ». Il peaufine actuellement un nouvel album. Pour ses 45 ans, qu’il fêtera le 11 mai, « Ma priorité, c’est l’amour », dit-il.  « Cela dit, moi qui dénonce souvent les défauts de la société, je voudrais avouer le mien : je suis rancunier. Surtout avec ceux qui me trahissent. Les réconciliations n’ont lieu que si les gens font le premier pas. Sinon, je peux bouder très longtemps. C’est con, mais c’est ainsi. Même avec ma femme, je suis comme ça ! » Même sa fille de 16 ans n’y échappe pas…

  

Source : (Journal inconnu)