Renaud, la plume et le pinceau

NosEnchanteurs

Ajouté par Michel Kemper le 11 juin 2014.

(dessin Héran)

Depuis deux trois décennies, on met la chanson au régime bande dessinée et nombre sont les éditeurs à avoir leur collection « bd chanson ». D’une édition l’autre, l’approche diffère peu : la chanson est ici illustrée, là mise en bande dessinée, découpée, scénarisée. Mariage des vers et du dessin avec, ma foi, des résultats assez inégaux : bien souvent ce genre de publication sert de vivier pour des dessinateurs en émergence, parmi lesquels on trouvera de fins pinceaux comme de fort médiocres crayons. J’ai souvent pensé que, par ces publications, on mettait la bd dans la chanson comme on peut ajouter du sucre dans une boisson amère. Sans plus. Que, sauf un talent fou (comme Dany qui illustre Brave Margot pour le Brassens des éditions Vents d’Ouest en 1989), ce séduisant mariage du dessin et de la chanson n’apportait finalement pas grand’chose. Ni à l’amateur de bd, encore moins à celui de chanson.

La nouvelle collection des éditions Didier Carpentier,« Chansons à la Plume et au Pinceau », est toute autre. C’est chanson et illustration, certes. Mais on plonge dans l’histoire et le contexte de chaque chanson. Et si on trouve des paroles de ces chansons-là, c’est juste dans le cadre du droit de citation, guère plus. Le rédactionnel est confié chaque fois à un spécialiste du chanteur. Jean-Paul Sermonte pour un fabuleux Brassens (voir encadré ci-contre), Baptiste Vignol pour un non moins formidable Renaud. Pour chacune de ces deux premières livraisons, Héran est aux dessins : faut-il d’ailleurs que cet illustrateur soit dingue de chansons pour entrer si bien au cœur de chaque chanson, au cœur même d’une parfois impressionnante et subtile culture chanson ?

Si, dès aujourd’hui, on va beaucoup parler du disque La bande à Renaud, l’entendre dans nos radios jusqu’à la nausée sans doute, si la Bruni-Sarkozy fait déjà le tour des plateaux télé pour parler de son Renaud et, de manière subliminale, de son Raymond, l’événement nous semble ailleurs : dans ce Renaud en textes et en dessins. C’est là qu’on retrouvera sans peine et sans trahison son Renaud, son foulard rouge et ses chansons, dans des « notices » fourmillant d’anecdotes et des dessins d’ingéniosité.

Pas de trahisons possibles : Carla n’y est pas. Mais y sont tous les personnages récurrents de Renaud, ses bastons et sa tendresse, sa Lolita, son Malone. Il n’est pas sûr que ce soit avec un tel ouvrage qu’on puisse découvrir Renaud : il faut un apprentissage fait de quelques écoutes. Non, page après page, on entre en connaissance, en confidences, en presque parenté. A la fin de ce livre, on sait plus encore pourquoi on aime Renaud, pourquoi Renaud est un grand chanteur. Que vous le vouliez ou non, c’est pas en écoutant la Bruni-Sarkozy le chanter que vous vous en seriez rendu compte.

Comme pour le Brassens, on a envie de recommander ce livre à tout le monde. A la fois beau et indispensable, loin de n’exhiber qu’un foulard rouge désormais dévoyé et sans âme, il questionne l’œuvre et l’artiste en grande intelligence, la remet en perspective dans l’histoire d’un homme et dans l’Histoire, lui donne comme une once de plus value.

Baptiste Vignol / Héran, Renaud à la plume et au pinceau, Ed. Didier Carpentier, 2014.


BRASSENS AUSSI 

Il existe tant et tant de livres sur Brassens, nombre d’entre eux brillants, qu’on ne savait pas que d’autres formes existaient pour encore parler du chanteur à la pipe qui disait mieux savoir fumer que chanter. Le talent mutualisé de Jean-Paul Sermonte (spécialiste depuis toujours de Georges Brassens et fondateur de l’association Les amis de Georges) et d’Héran nous offre d’autres pistes encore. Chaque chanson évoquée est l’occasion de précieux rappels et de nouveaux enseignements, chaque texte est encyclopédie à lui toute seul. Le genre de cadeau que, charité bien ordonnée, on se fait d’abord à soi-même. A ses copains ensuite.

Sermonte / Héran, Brassens à la plume et au pinceau, Ed. Didier Carpentier, 2013


  

Source : NosEnchanteurs