Renaud : Le chanteur en colère

Moto Magazine

N° 89, juin 1992

INTERVIEW

Avec son bandana et son légendaire blouson clouté, on l’imagine sillonnant l’Hexagone derrière un guidon pour distiller ses messages sulfureux à tous les afficionados zonard de province: c’est la légende. Aujourd’hui, alors qu’il vient de fêter ses 40 balais, Renaud n’a rien perdu de sa verve.

Depuis ce « Putain de camion », qui nous enleva, à lui et à nous, l’un de nos meilleurs potes, on avait presque oublié la « chetron sauvage » et les coups de gueule du frangin à Gérard Lambert. Puis un message à l’adresse des « 500 connards sur la ligne de départ » nous a rassuré : Renaud n’a pas laissé béton ! Rencontre.

Le Pavé : Ce silence vis-à-vis des médias, ça t’a porté préjudice?

Renaud : Le problème, c’est qu’en coupant les ponts avec la presse, je me suis également coupé de mon public, de ceux pour qui je chante. Alors, pour eux j’ai décidé de réapprendre â communiquer. De plus, on est finalement moins brocardé par les conneries des journalistes quand on leur parle,.. Déjà qu’ils ont tendance à adapter tes opinions à leur sauce, alors si tu te tais, c’est le délire complet.

Dans ton dernier album Marchand de cailloux tu fais le procès d’une course parmi les plus populaires dans le milieu moto. Pourrais-tu nous développer cette fougue anti-Paris-Dakar ?

Je n’ai rien à ajouter à la chanson 500 connards ! Cette course débile me dégoûté, tous ces glands bariolés d’autocollants qui traversent à fond de caisse des pays qui crèvent de faim en n’en ayant rien à foutre, c’est  dégueulasse ! Ils se battent pour trois dixièmes de seconde à coup de dollars pendant qu’à côté, les mômes respirent leurs dernières minutes de vie. Attention, ce n’est pas le pognon qui me choque, c’est le lieu.

Paris-Dakar ? « Cette course me dégoûte. »
M. Ebran

On a l’impression que tu fustiges les concurrents du rallye, mais il y a bien d’autres responsables en cause, non?

Non, t’inquiètes pas ! Je vise tout le monde ! Les sponsors et les constructeurs qui sucrent allègrement l’organisateur pour que ça ait bien lieu… Enfoirés ! Les titis qui se prennent pour Indiana Jones en déboulant à 200 à l’heure dans un village, « de toute façon, on peut écraser un ou deux sauvages, c’est pas grave… » Même les fans de ce déballage grossier, je les mets dans le même sac ; s’ils n’étaient pas là pour applaudir, les choses prendraient une autre tournure…

Justement, quelles solutions imagines-tu pour cette course ?

Il n’y a que les principaux intéressés qui puissent être efficaces en ce sens. Il faut que tous les pays africains s’unissent pour dire non. S’ils décident de ne plus se prêter à la mascarade, qui ne leur rapporte strictement rien, à part quelques dégâts supplémentaires à rajouter à tous leurs soucis, famine, sécheresse, économie vérolée, guerres, etc. ; ça s’arrêtera ! De toute façon, où est l’aventure dedans?

Ça t’énerve aussi l’aventure?

Pas exactement, Je n’airien contre l’aventure, la vraie je yeux dire ! Le mec qui part tout seul traverser l’Atlas ou les Andes, c’est pas pareil. Même courir au Bol, pour moi c’est une aventure (…)

 

Source : Moto Magazine