Super Télé
N° 104, 1er au 8 mai 1981
Toutes celles et tous ceux qui, dans les années 67-68, usaient sagement leurs fonds de culottes sur les bancs des lycées Gabriel Fauré, Montaigne ou Claude Bernard, à Paris, vont prochainement avoir une surprise. Ils ne seront pas déçus du voyage. Ils font en effet retrouver, sur le plateau d’Avis de Recherche, un certain Renaud Séchan – devenu Renaud, tout simplement – et qui, lui, n’a pas choisi le chemin qui mène en ligne droite vers le métro-boulot-dodo.

… Pourtant, à l’époque, rien ne le prédisposait véritablement à emprunter le chemin des écoliers : « Mon père est d’origine bourgeoise – il a d’ailleurs connu une certaine notoriété comme écrivain, puis, par la suite, il est devenu prof d’allemand et, enfin, il s’est recyclé dans les bouquins pour enfants. Quant à ma mère, elle a travaillé en usine, jusqu’à vingt ans… » Pas l’ombre d’un loubard de banlieue, donc, dans cette famille dont Renaud reconnaît aujourd’hui qu’elle lui a apporté toute l’affection qu’il pouvait en attendre :
« C’est vrai, mon père m’a, un jour, brisé ma guitare sur le dos et ma mère en a fait autant avec une raquette de tennis, mais, enfin, ils ne m’ont jamais foutu dehors ! » Pas même le jour où Renaud, ravi, a découvert les vertus du lycée mixte : « Ah ! les nanas – me confie-t-il avec un grand sourire – les mobs. les boums, les copains, les clopes fumés en douce, c’était pas mal du tout ! Pour moi, le lycée, c’était ça. Uniquement ça. Alors, j’ai commencé à décrocher. J’étais dans la même classe que mon frère et on rivalisait tous les deux de nullité… C’était chouette ! » Mais, le lycée, pour Renaud, c’était aussi la guitare, sur laquelle il grattait, déjà, des airs de Dylan ou d’Hugues Auray…
Les chansons des autres… Il n’allait cependant pas tarder à improviser, sur sa « gratte ». ses propres chansons…

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Les manifs, la Sorbonne et les barricades
Tout a commencé, en vérité, fin 67, début 68 : « J’étais, à cette époque, au lycée Montaigne. Avec un copain, j’avais créé le Comité Viêt-nam et, au début de 68, on était une quinzaine d’anarcho-gauchistes à Montaigne, parmi les fils de rupins. Cette activité nous prenait d’ailleurs beaucoup plus de temps que les cours eux-mêmes… » Puis, le joli mois de mai 1968 fleurit de toutes ses barricades et d’une mosaïque de drapeaux rouges et noirs : « Là – poursuit Renaud – ça a été le grand pied. Je passais mes journées entre les manifs, la Sorbonne occupée, les barricades… et les commissariats ! Mais je n’ai jamais été passé à tabac : je courais vite ! » C’est alors que Renaud a senti sa guitare le démanger. Et, dans le grand vent de folie de mai 1968, il composa sa première chanson, Crève, salope (Pardonnez-moi, c’est le titre original !)…
Trente-six métiers
Le père, le flic, le curé, le prof, chacun en prenait pour son grade : un couplet par personne ! Mais Renaud confesse que la famille Séchan continuait cependant à représenter un refuge douillet :
« Entre deux manifs et deux barricades, je rentrais chez moi, le midi, c’est vrai. Je me faisais incendier par mes parents, mais ils ne me fichaient pas à la porte. A cette nuance près que, pendant plusieurs mois, j’ai dû prendre mes repas, tout seul, dans la cuisine : mon père n’appréciait pas du tout mes cheveux longs et encore moins mes treillis de l’armée américaine ! »
Vint alors juillet 1968. Les grondements de la révolte disparurent dans le vacarme automobile des grandes migrations vacancières annuelles. Mais Renaud, lui, savait que, désormais, il ne pourrait plus jamais vivre comme avant : « Auparavant, je partais en vacances avec papa-maman, je suivais. Cette année-là, un matin de juillet, j’ai bouclé mon sac à dos, sous les yeux de ma mère en larmes et je suis parti, en stop, direction la Bretagne, tenter l’expérience de la communauté ! » Ensuite, tout va très vite. Renaud – qui s’appelle encore Séchan pour l’état-civil – fait 36 métiers, libraire, commissionnaire, manutentionnaire, plongeur, serveur. Et surtout, important, coursier.

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Les zonards…
« Ce boulot, qui m’amenait très souvent en banlieue, m’a permis de connaître les loubards, les zonards… On avait les mêmes préoccupations, la drogue, les boums, les bécanes, on rêvait du casse du siècle, on portait le même uniforme, on parlait le même langage… » Renaud n’a pas oublié ses potes de banlieue : il en a fait les héros désespérés ou rigolards, minables ou terribles, de ses superbes chansons, où la tendresse le dispute à la révolte et au désespoir, sur fond de guitare et de valses-musette…
Alors, un conseil : ne manquez pas les retrouvailles du loubard au cœur tendre et des autres, celles et ceux des lycées bon chic bon genre.
Ça ne sera pas triste !
Christian ROUX-PETEL
(Avis de recherche – TF1 – 18h50)

Source : Super Télé