Sarah Wicky
11 déc. 2024, 06:01
Mardi soir au Martolet, le chanteur a offert un concert touchant de sincérité. Accompagné d’un orchestre symphonique, l’artiste de 72 ans a revisité ses plus grands succès, porté par l’indéfectible amour de son public. Une soirée où la fragilité s’est muée en force.

Sabine Papilloud
Du haut de ses 9 ans, Audrina est déjà une vraie fan de Renaud, bandana rouge autour du cou et petites cerises accrochées aux oreilles, clin d’œil à la nouvelle compagne du chanteur.
A ses côtés, sa maman Iseult et son frère Stanislas, venus de Morges, affichent eux aussi la couleur pour leur sixième concert de la tournée «Dans les cordes». «On est un peu des fracassés», confie le trio tout sourire, peinant à masquer son impatience.
Ils sont nombreux les fêlés, mardi soir, à Saint-Maurice, venus applaudir leur idole sur la scène du Martolet. Mis en vente il y a plus d’une année, les billets ont rapidement trouvé preneurs. Un pari au vu de la fragilité de l’homme qui a laissé tomber le perfecto pour le blazer.
Un amour inconditionnel
Mais à 20 h 32, Renaud est bien là, droit dans ses santiags. La silhouette plus râblée que dans sa jeunesse et la voix moins claire. Marmonnés, les premiers mots sont à peine audibles. «Ça va, Saint-Maurice?» Qu’importe, le public présent est d’une fidélité sans faille. «C’est sûr qu’il a changé mais on ne l’a jamais vraiment quitté. C’est toujours Renaud», témoignent deux amis, 30 ans de passion au compteur…
«On est là pour lui dire merci», renchérit une jeune femme se décrivant comme une fan inconditionnelle.
«Quand on aime, c’est pour le meilleur et pour le pire.»
«Le petit chat est mort», «La pêche à la ligne», les premiers titres s’égrènent, sublimés par l’orchestre qui accompagne Renaud dans cette tournée revisitant ses grands succès en version symphonique. On pourrait croire à un cache-misère, pourtant c’est tout le contraire. Au fil du concert, les morceaux prennent une dimension épique jusqu’à éperonner l’artiste, certes vulnérable, mais touchant de sincérité.
«Ça fait un an et demi que j’ai arrêté de fumer», s’enorgueillit l’auteur en entonnant «Mon amoureux». Vient «Marchand de cailloux» dans un registre plus festif et c’est toute la salle qui s’enflamme, tapant des mains. Avec «Ma gonzesse», il déclare sa flamme à sa nouvelle dulcinée, main sur le cœur. A 72 ans, l’amour a encore frappé…
Trop sensible, le poète de la rue? Et si c’était sa force? Avec «Morts les enfants», il s’insurge contre la violence du monde et la dénonciation, même monocorde, n’a rien perdu de sa vigueur. Comme son hymne antimilitariste «La médaille», bijou d’irrévérence, ou son fameux «Déserteur». Il prend un certain plaisir à exhumer son «500 connards sur la ligne de départ» où il dit toute son aversion du Paris-Dakar pétaradant.
Entre les morceaux, Renaud a le verbe compendieux, mais le remerciement facile. Et la foule l’ovationne à chaque saillie, trop contente de le voir sur scène, consciente aussi que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. «On t’aime, Renaud.»
21 h 48. Les premiers accords de «Mistral gagnant» font frissonner le Martolet qui n’oublie pas une parole de cette iconique ballade souvent citée comme «la chanson préférée des Français»…
Emotions au rendez-vous
Derrière nous, un père et sa fille se prennent par les épaules dans une émouvante communion intergénérationnelle. «Trop géniale cette photo souvenir avec le daron», entend-on dans notre dos.
«Dès que le vent soufflera» donne à la salle agaunoise des airs de bal. On ouvre grand les poumons, aspirant avec avidité cette incitation à prendre le large. On pressent que le rideau va bientôt tomber. «Une petite dernière pour la route?» Ce sera même deux avec «Morgane de toi» et la capricante «Ballade nord-irlandaise».
A la sortie, le public est un peu groggy. «Dommage, il commençait juste à être chaud», souffle un homme à son voisin. Mais la rébellion de ce doux anarchiste a pris possession des cœurs. Dernier pied de nez d’un artiste à la corde sensible.
Les légendes sont immarcescibles…