Renaud, même pas mort

Le Figaro

Renaud, en 1986. Rue des Archives/Credit: Rue des Archives/AGIP

Comme pour les regrettés Mouloudji et Reggiani, le chanteur est l’objet d’un hommage par Biolay, Aubert ou Carla Bruni.

L’album hommage est une tradition tenace de l’industrie musicale, qui revient régulièrement dans l’actualité. C’est le plus souvent à l’occasion d’anniversaires et autres commémorations que les maisons de disques rassemblent une sélection de chanteurs du moment dans le but d’honorer la mémoire de chers disparus. En France, ni Brel, Brassens, FerréGainsbourg ou Bashung n’y ont coupé. Certains ont même eu l’honneur d’hommages multiples. Rares sont les réussites dans ce type d’entreprise. Certains misent sur la copie conforme, d’autres, plus téméraires, osent la relecture radicale. Bien peu d’impétrants parviennent à faire date en empruntant les titres de glorieux aînés. Les anciens les plus prestigieux ayant été honorés, le métier cherche désormais du côté d’artistes moins imposants. Les grands Marcel Mouloudji et Serge Reggiani, moins célébrés, sont en ce moment distingués, à la faveur des 20 et 10 ans de leur disparition respective.

Mais il est un hommage bien plus insolite: celui dont est l’objet Renaud. Bien qu’inactif depuis son album de reprises de chansons traditionnelles irlandaises en 2009, Renaud est, à notre connaissance, encore en vie. Plusieurs récidivistes du « tribute album » se sont fendus d’une interprétation d’un des standards de l’auteur de « Mistral Gagnant ».

La Québécoise Cœur de Pirate se frotte ici à cette chanson devenue emblématique de l’autoproclamé « chanteur énervant ». Est-ce parce qu’elle est une femme qu’on lui a confié ce titre sensible, qui détonnait alors dans le répertoire du titi parisien? La nouvelle génération est, à juste titre, pétrie d’admiration pour l’homme qui a profondément marqué la scène française entre 1975 et 1985.

Issu du vivier du Café de la Gare, où Coluche, Patrick Dewaere et quelques autres ont fait leurs débuts, Renaud est devenu, dès la fin de la décennie 1970, un véritable phénomène de société. Sur des radios qu’on disait alors périphériques, il est celui qui a popularisé le verlan. Piètre chanteur, compositeur rudimentaire, c’est par son écriture que l’homme au bandana est parvenu à s’imposer parmi les plus gros vendeurs de disques de son temps, avec Cabrel, Goldman et quelques autres.

Sauvetage de carrière

S’il a passé les années 1990 à raser les murs, avec une production indigne, il est revenu de plus belle en 2002 avec « Boucan d’enfer », plus gros succès de sa carrière. Grâce à ce triomphe, l’homme était sorti de sa dépression et de longues années d’inactivité consécutives à la séparation d’avec sa première épouse.

Paradoxalement, le chanteur n’a jamais fait mystère de sa vie personnelle, devenant même de plus en plus impudique au fil des albums. De la naissance de sa fille au dépucelage de celle-ci, son public a vu la vie du chanteur défiler en chansons. Depuis « Rouge sang », en 2005, Renaud traverse une nouvelle crise d’inspiration. Sa seconde épouse l’a quitté, et son retrait en province l’a coupé du milieu de la musique.

Orchestrée par l’un de ses accompagnateurs et compositeurs – le pianiste Alain Lanty – « La Bande à Renaud » (Mercury/ Universal Music) revêt des allures de sauvetage de carrière. De tous les participants – Biolay, Aubert, Thiéfaine, Carla Bruni, Nolwenn Leroy -, le plus pertinent est Disiz, dont la version de « Laisse béton » témoigne que les vrais héritiers de Renaud sont issus du rap, et non les représentants de la chanson française actuelle.

OLVIER NUC – LE FIGARO

« La Bande à Renaud » (Mercury/Universal Music)

 

Source : Le Figaro