Renaud : Militant du parti des oiseaux

Chanson Magazine

N° 4, juillet-août 1983

RENAUD
militant du parti des oiseaux

Propos recueillis par Jean-Louis FOULQUIER

Je rencontre pour la première fois Renaud en 1975 chez « La mère Catherine » un restaurant de la Butte Montmartre. Il ne porte pas encore sur ses épaules de « gringalet » le blouson de cuir noir des loubards, il planque sa timidité sous sa casquette de gavroche. Déclic. Ce petit mec me plaît, il me parle de Bruant, je lui réponds Dimey. Il ose avouer qu’il aime l’accordéon, tiens comme moi ! A la grande époque des écolo-coco (salut, je retourne à la nature avec ma chèvre faire mon fromage tout seul), il clame qu’il est « amoureux de paname ».

« Moi j’suis amoureux de Paname
Du béton et du macadam
Sous les pavés, ouais, c’est la plage
Mais l’bitume c’est mon paysage
Le bitume c’est mon paysage. »

Décidément, ce mec me plaît de plus en plus, je l’invite à passer dans « Studio de Nuit », l’émission que j’anime entre 3 h et 5 h du matin sur France Inter. Il arrive mort de trac et tremble tellement qu’il a énormément de difficultés à plaquer trois accords sur sa guitare. Heureusement, Marcel Azzola (c’était une surprise) se met à l’accompagner à l’accordéon, c’est magique, encore une belle nuit de gagner. De belles nuits, il y en aura beaucoup d’autres. Renaud, qui est fidèle en amitié, passera régulièrement me faire découvrir en direct ses nouvelles chansons. 

Aujourd’hui encore, confortablement installé sous les toits au cœur du Marais, Renaud chante les chansons qu’il va enregistrer sur son prochain album. Je fonds complètement en écoutant En cloque, un poème autobiographique sur la maternité de sa femme.

Malgré mon immense pudeur, il n’y a en fait qu’en chansons que j’ose dire des choses tendres. Dans la vie, avec les gens, j’ose pas, avec ma femme non plus. Quand j’ai envie de lui dire des mots d’amour je lui fait une chanson. Ce que je pensais de sa maternité en tout cas, je ne lui ai jamais dit aussi bien que dans cette chanson. Cette frustration du père qui lui aussi a envie d’enfanter. J’avais vraiment un désir de paternité depuis des années, dès l’âge de seize ans je voulais être papa et pendant neuf mois et après l’accouchement aussi, c’est très frustrant. T’es là debout à regarder mais tu ne portes pas l’enfant, tu n’accouches pas, tu n’allaitent pas non plus ; et puis, quand l’enfant pleure, il appelle « maman », quand il est heureux il appelle « maman », pour le père ça commence à être un réel plaisir vers deux ans.

J’veux qu’mes chansons soient des caresses,
Ou bien des poings dans la gueule,
À qui qu’ce soit que je m’agresse,
J’veux vous remuer dans vos fauteuils.
               (Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ?)

Cet enfant a changé beaucoup de choses dans ta vie : Renaud père de famille, ça ne correspondait pas exactement à ton image publique.

Les gens qui ne me connaissent pas ont de tout façon une image fausse, déformée par les propos des journalistes et par moi-même, car il ne me déplaît pas parfois de dérouter l’adversaire…

Le blouson de cuir, c’est un rempart

À travers les chansons qui donnent une image faussée… C’est vrai qu’il n’est pas forcément évident que Renaud soit un « papa gâteau » qui aime bien pouponner par rapport au blouson de cuir et tout ça. Le blouson de cuir, c’est un rempart, une armure pour dissimuler ou de la tendresse, ou un désir d’affection… J’vais pas t’faire une psychanalyse sur les voyous, la violence et l’amour.

Dans ton cas, je crois que c’était aussi une façon de cultiver ton « look » avant que le mot soit à la mode.

Au départ c’était pas mon look de scène, c’était mon look dans la vie. Si j’ai porté un jour un blouson de cuir c’est parce que je me sentais con, rachitique, maigre, petit, faible et en changeant de vêtements, en fréquentant des voyous je me suis senti un peu voyou, un peu surhomme – comme un cow-boy quoi !

Un blouson noir moi je trouve ça beau
Et puis ça m’tient chaud,
Et pi j’vais t’dire un truc, mon gars,
Ça fait peur aux bourgeois !

Tu t’es senti existé davantage.

Oui. Je sortais de l’anonymat – et puis par la suite quand ça a commencé à marcher, j’ai pas voulu changer de look sous prétexte que je faisais des télés ; après j’ai été prisonnier de cet uniforme – un uniforme de cow-boy – mais un uniforme quand même…

Ce blouson a permis, à un certain nombre de personnes, de te remettre en question. Du style : c’est pas un voyou mais un petit bourgeois qui exploite la chose…

On m’a un peu trop qualifié de voyou dans un premier temps, puis de bourgeois dans un deuxième temps, par rapport à ce que je suis vraiment. Il faut toujours qu’on te colle une étiquette outrancière : « Renaud – Voyou » ou « Renaud – le Faux-Voyou ».

Est-ce que ce genre de critiques te touche, ou est-ce que ça glisse sur ton blouson ?

Non, j’arrive pas à être insensible aux attaques, je devrais m’en foutre, me dire que ça me fait de la pub – du moment qu’on parle de moi en bien ou en mal – mais je n’y arrive pas. Ça ne me fait pas de peine, ça m’énerve – surtout quand je consacre deux heures à discuter avec un journaleux vachement sympa, et puis qu’ensuite je vois un article de journal où manifestement le mec n’a rien compris, où mes propos sont déformés, où une phrase anodine sortie de son contexte devient le titre de l’article et perd tout son sens.

« Green-Peace »

Dans une de tes nouvelles chansons, tu dis que tu es du « parti des oiseaux »…

« Je n’suis qu’un militant du parti des oiseaux/des baleines, des enfants, de la terre et de l’eau »… c’est une nouvelle prise de conscience, un nouvelle prise de position. Je ne me désintéresserai jamais du sort des gens, de la misère humaine ; je suis toujours à l’écoute de toutes les injustices dans le monde, aussi bien dans ma rue, mon quartier, en France comme ailleurs, partout où les gens meurent et souffrent – Afghanistan, boat-people, Amérique centrale, Afrique du Sud, Liban.

Mais c’est vrai que depuis que j’ai un gosse et depuis que je suis marin – et je te jure que ça compte – j’ai l’impression qu’il y a des luttes plus fondamentales ; et la lutte pour la SURVIE de l’humanité me paraît plus importante que la survie d’un mec. Par rapport à ma gosse la survie de l’humanité m’intéresse plus : son avenir. Par exemple : les déversements de déchets radioactifs dans le Golfe de Gascogne, c’est plus dangereux pour l’avenir du monde, de l’humanité, et donc de ma gosse, de vos gosses, de nos gosses que les chars russes en Afghanistan ou la répression en Amérique du Sud – les deux me motivent complètement – mais je ne peux pas lutter sur tous les fronts. Je ne peux pas un jour défendre les rebelles afghans et le lendemain les maquisards salvadoriens, parce qu’il y a trop de luttes ; je ne peux pas être partout. Impossible de signer une pétition par jour pour défendre toutes les causes. Alors je m’en suis fixé une, que j’ai vraiment envie de défendre, grâce à mon « pouvoir » de chanteur, c’est la cause des enfants, des arbres, de la nature, de la Vie au sens large.

Francis Vernhet

Le militantisme au nom d’un parti, c’est pas ton truc?

Ah non ! pas question. Le seul mouvement auquel je me sois inscrit c’est « Green-Peace ».

Le côté « ANAR », c’est de famille ?

Oui. Mon père était (n’ayons pas peur des mots) un bourgeois-intellectuel, pas friqué. Mais bien-pensant, anarcho-socialiste qui devait tenir ça de son éducation je présume. Du côté de ma mère c’était des prolos. Mon grand-père était un vieil anarcho-stalinien, mineur à 13 ans, j’en parle dans Oscar une chanson qui lui est dédiée. Donc mon éducation, paternelle ou maternelle, a toujours été le refus du pouvoir et surtout de la droite.

(extrait d’Oscar)

« L’avait fait 36 le Front populaire
Pi deux ou trois guerres pi Mai 68
Il avait la haine pour les militaires
J’te raconte même pas c’qu’y pensait des flics
Il était marxiste tendance PIF le chien
Syndiqué à mort inscrit au parti
Nous traitait d’fainéants moi et mes frangins
Parc’qu’on était anars tendance Patchouli. »

Tes parents reviennent souvent dans tes propos. Tu es très proche d’eux ? Pour un chanteur qui chante les conflits des générations cela peut paraître équivoque…

C’est vrai que chez moi mon père avait des principes et vers quinze, seize ans il y a eu des conflits. C’est vrai que j’aurais pu devenir voyou si je n’avais trouvé à la maison toute l’affection et l’amour dont j’avais besoin, et de ce côté-là, pas de problèmes.

Tes rapports avec tes frères et sœurs ont-ils changé quand tu es devenu un chanteur célèbre ?

Non aucun problème. J’ai mon frère aîné, Thierry, qui me ressemble étrangement et qui, à un moment donné, a eu une petite crise d’identité par rapport à moi, mais à part ça il n’y a jamais eu de lézards.

Mon père dit qu’il est fier de son fils parce qu’il a du talent (c’est lui qui le dit), et ma mère est fière de son fils parce qu’il a du succès !!!

Tu sors souvent la mer
emmen’moi avec toi…
(Léo Ferré)

J’ai fait mille plaisanteries sur Renaud marin et j’avoue que je ne croyais guère à cet appel de la mer, et puis un beau jour, il a largué les amarres et mis les voiles.

Qu’est-ce qui a déclenché ce goût du départ, un vieux rêve de gosse ?

Oui c’est sûrement ça. On a tous rêvé de cartes postales : île déserte, île au trésor et Robinson Crusoé. Ce qui a été le détonateur, c’est plusieurs choses à la fois. D’abord des copains, musiciens de Coluche, qui ont construit leur propre bateau pour tout larguer et vivre ailleurs et puis la lecture des bouquins d’Antoine, que je prenais pour un con et qui m’ont fait changer d’avis sur leur auteur.

Tu prenais Antoine pour un con ?

Oui. J’ai beaucoup aimé son premier album. C’était (avec Hugues Auffray) le premier chanteur subversif au réel impact populaire. Ensuite son évolution « musicale », son personnage m’ont déçu, il a quitté les blues-jeans et chemises à fleurs pour le smoking et il s’est mis à fréquenter Danièle Gilbert.

C’était peut-être pour pouvoir partir plus vite sur son bateau ?

A l’époque je ne le savais pas. J’ai pas cherché à analyser, je considérais son changement comme une trahison. Pour moi il était devenu le symbole même de la récupération par le show-business.

Tu t’en méfies de ça, tu es toujours en alerte.

Complètement. D’ailleurs je suis toujours suspecté d’être « récupéré » ou sur le point de l’être. Pour certains dès qu’on passe à la télé on est « récupéré ». Bon, pour revenir à Antoine, j’ai donc lu ses bouquins, et si ce qui s’est passé au sujet de sa car­rière ne m’intéresse toujours pas, par contre, je trouve super la façon dont il mène maintenant sa barque, sa façon de vivre.

Il y a autre chose aussi qui a déclenché ce départ c’est que du jour au lendemain j’ai gagné des « tunes » et quand on me pose la question : pourquoi le bateau ? Je réponds, en me marrant, c’était ça ou la résidence secondaire. J’ai préféré le bateau et je ne le regrette pas. Ce qui m’a poussé aussi à partir c’est que depuis quatre ou cinq ans, ma vie est contaminée par le succès… Je ne peux plus aller dans un endroit public sans être sollicité de toutes parts, et j’avais envie de fuir les studios, les musiciens, les journalistes, les radios, les télés, tout quoi…

Jean-Pierre Afonsso 

Si le bateau
c’est pas la liberté,
ça y ressemble drôlement

Le quotidien du chanteur populaire c’est parfois lourd à porter ?

Oui, je peux encore aller faire mon marché avec ma môme sous le bras, heureusement je ne suis pas Julio Iglesias… J’aime bien le matin prendre un café au bistrot du coin, lire mon Libé tranquille et écouter ou participer aux conversations des prolos à côté ; mais c’est plus possible, les conversations tournent tout de suite autour de moi : « Oh regardez c’est Renaud, alors, comment il est Guy Lux… etc. »

J’ai eu envie de vivre dans un endroit où on ne me connaissait pas… et c’est assez dur, car il y a beaucoup de français sur les océans.

J’ai sûrement eu envie aussi de me prouver quelque chose à moi-même, de vivre dangereusement ; une envie de soleil et de liberté. Je dis toujours que si le bateau c’est pas la liberté, ça y ressemble drôlement… tu vas où tu veux, tu voyages avec ta maison sur le dos, sans horaires, sans bagages, tu te lèves tous les matins dans un endroit différent si tu le veux, tu as toujours ta brosse à dents au pied de ton lit, c’est comme l’escargot.

Et en même temps cela te permet de préserver ta vie familiale, ce qui pour toi est très important ?

Complètement.

Plus important que tes chansons ?

Sûrement oui, pour elle, je larguerais tout. Mon métier, mon succès, mes chansons, même la mer.

Jean-Pierre Afonsso

Tu m’avais confié, il y a quelques années que si tu avais le succès, si ça marchait fort, de toute façon à trente ans tu arrêterais de faire le chanteur…

« J’arrive pas à croire
que les gens
vont continuer à m’aimer »

J’ai encore quelques jours devant moi… Mais j’avoue que c’est dur car je ne sais pas faire grand-chose d’autre que chanter : peut-être écrire des polars, des scénars, faire des chansons pour d’autres. Mais si je n’aime pas tout ce qu’il y a autour, j’aime mon métier et je n’ai pas envie d’arrêter : être sur scène, dire ce que j’ai au fond des tripes, ça me fait bander. Avoir 50 ou 3 000 personnes qui te regardent, qui t’aiment et qui t’applaudissent, tu peux pas rêver mieux comme métier ! Tout est une question d’humeur. Quand je suis miné je dis que je vais tout laisser tomber, quand je vais bien je dis que c’est le plus beau métier du monde.

Mais par contre, je ne me vois pas sur scène à quarante ans, sincèrement, si ça se trouve j’y serai encore mais j’arrive pas à croire que les gens vont continuer à m’aimer pendant des années.

Chaque disque est un accouchement de plus en plus douloureux, une fois terminé, je me dis « j’ai réussi à faire douze chansons », mais dans un an un prochain album et de nouveau l’inquiétude s’installe, c’est une horreur cette angoisse ! Je sais que le public aime bien se construire des idoles et ensuite les descendre ; certains m’ont largué déjà précisément parce que mon public devenant plus nombreux, cela leur paraissait louche…

En même temps tu as gagné un public plus vaste, tu es devenu un chanteur populaire et cette expression te convient bien, en fait c’est ce que tu avais envie d’être ?

Au début non, quand je chantais dans les cafés-théâtres je voulais plaire aux gens que j’aimais bien – les voyous par exemple, je me contentais de ce public-là – maintenant ils sont toujours là, ils occupent les deux premiers rangs en concert, bardes de cuir, et derrière il y a le public, sans distinction d’âge ni de milieu. Certains me reprochent d’avoir maintenant aussi un public bourgeois, tant pis ou tant mieux – ce en quoi s’ils sont venus me voir c’est qu’ils sont peut-être pas si cons que ça…

Un nouveau Maurice Chevalier

Tu sais qu’on apprend le français à travers tes chan­sons dans certaines universités américaines et ça te flatte plutôt non ?

Dans les C.E.S. aussi, dans les bouquins de français contemporains – ça me flatte oui. Je ne sais pas ce que je vaux dans tout ce qu’a été la chanson depuis qu’elle existe, j’ai pas droit aux honneurs du ministère de la Culture ou de l’Académie Charles Cros, mais ça me fait plaisir de savoir qu’on a fait une thèse sur mes chansons par exemple.

Fais gaffe, ça risque de se terminer par une candidature à l’Académie Française…

Oh là non, on m’a demandé l’autre jour à ce sujet (par rapport à Charles Trenet) ce que je ferais si on me proposait la Légion d’Honneur, j’ai répondu que d’abord on ne me la proposerait pas et qu’ensuite cela ferait plaisir à ma mère… Mais j’ai quand même eu une distinction honorifique en 79, le prix du festival de Spa, ex-aequo avec un belge !

Tu vas partir aux Etats-Unis pour enregistra ton album, est-ce que tu envisages de tenter une percée là-bas ?

Je ne pense pas être très « exportable », à part la Suisse et la Belgique. Même au Québec j’ai du mal, on m’a dit que j’étais carrément intraduisible. Mais moi ça me brancherait bien de chanter là-bas, un mec m’a dit que certains me considéraient comme le nouveau Maurice Chevalier (propos invérifiables) mais à la limite j’aurais plus de chance là-bas – car typiquement français – qu’un chanteur comme Bashung par exemple qui fait du rock’n’roll et qui ne peut pas rivaliser dans ce sens-là avec les rock’n’rollers américains.

Pourquoi aller enregistrer aux Etats-Unis ?

Parce que j’en avais envie. J’y suis allé quinze jours vite fait l’année dernière – pendant la construction du bateau – et vraiment j’ai été fasciné par le pays. Je ne pourrais pas y vivre, mais j’avais envie d’y retourner. Alors j’ai fait un petit caprice auprès de ma maison de disques pour enregistrer là-bas et ça a marché. Mais à qualité égale entre la France et les Etats-Unis, je serais quand même allé là-bas, juste pour les vacances !

Parce que moi-même je ne vois pas la différences entre un bon musicien français ou un bon musicien américain, alors ceux dans mon public qui ne sont pas musiciens, je ne crois pas qu’ils la voient non plus ; ce qui m’importe avant tout, c’est ce que je raconte et que le résultat soit à peu près propre.

Jean-Pierre Afonsso

C’est le métier le plus mégalomane qui soit

Tu es toujours étonné, alors que tu vends des milliers de disques et que tu remplis les salles, d’être témoin directement et presque par surprise, de ta popularité.

Oui, il y a des petits détails comme ça qui me sidèrent. L’autre jour, dans un embouteillage, j’entends une de mes chansons qui sortait d’une bagnole garée à côté de moi, à la deuxième chanson j’ai compris qu’il s’agissait, non pas de la radio, mais d’une cassette ; à l’intérieur il y avait un couple qui l’écoutait et moi j’étais sur le cul. C’était la première fois que je surprenais quelqu’un qui m’aimait comme ça d’une façon anonyme alors je me suis mis à chanter tout fort et si tu avais vu la tête du mec, il m’a tout d’abord pris pour un fou, puis il m’a reconnu et c’est lui qui alors était sur le cul !!

Corinne Bertelot

Comme un jour à Cherbourg, j’ai vu mon nom marqué sur une mobylette, y’avait des « Renaud » partout, j’ai failli lui piquer sa mob pour qu’il me poursuive et pouvoir lui dire : « Mais ta gueule ! c’est la mienne » et lui de répondre «  Non, c’est ma mob », « Non c’est la mienne, y’a mon nom marqué dessus »… Je crois que le mec aurait eu une grosse surprise, je regrette de ne pas l’avoir fait, on aurait bien ri !

Claude Gassian

Tu as touché le public des enfants aussi et je suis que ça te remplit de joie…

Les enfants et les vieux, ça me touche vraiment, oui.

Les enfants ont même franchement piqué une partie de ton vocabulaire, à moins que ce ne soit toi qui aies gardé le leur, ou peut-être un peu les deux.

Déjà, si j’arrive à les sauver de Chantal Goya, je suis content.

Rénald Destrez

Tes rapports avec les mômes sont sûrement différents de ceux que tu peux avoir avec les adultes ?

Oui, ils m’envoient des petits dessins. Ils me regardent avec de grands yeux sans rien oser me dire. Les vieux aussi sont tellement touchants.

L’amour, c’est ce qui guide Renaud dans la vie ?

Quand j’essaie d’analyser pourquoi j’ai fait ce métier, il m’est arrivé de dire que, si je prends mon pied sur scène, c’est parce que j’ai envie que toutes les gonzesses soient amoureuses de moi, que tous les mecs me voient comme leur grand frère ou leur meilleur pote, que toutes les grand-mères me voient comme leur petit-fils et que c’est le métier le plus mégalomane qui soit.

De l’amour, j’en reçois beaucoup quand je sais que trois mille mecs ont payé cinquante balles pour m’écouter. Je me dis putain, mais j’ai pas mérité ça, j’ai pas donné assez pour en avoir tant.

Maman quand j’serai grand
J’voudrais pas être étudiant
Alors tu s’ras un moins que rien
Ah oui ça j’veux bien.

Jean-Pierre Afonsso

Propos recueillis par Jean-Louis FOULQUIER

  

Source : Chanson Magazine