Renaud : « On peut toujours s’en sortir »

RTL

Eléanor Douet Clémence Bauduin

Dans une interview accordée à « Paris Match », le chanteur revient sur son retour inattendu et le succès qui en découle.

Renaud a été l’un des plus gros vendeurs de disques en 2016, en France
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C’est ce que l’on appelle un retour en force. Le chanteur Renaud vient d’obtenir sa deuxième Victoire de la musique du meilleur artiste masculin de l’année et son album s’est, pour l’heure vendu, à quelque 770.000 exemplaires, meilleure vente de disques en France en 2016. Dans une interview accordée à Paris Match, le chanteur revient sur son retour inattendu et le succès qui en découle. Renard avait pris le dessus sur Renaud pendant 9 ans mais, en 2016, le chanteur a remporté un long combat contre son addiction à l’alcool. Il est sorti de la dépression, grâce notamment à Grand Corps Malade, qui l’a poussé à revenir sur le devant de la scène française. 

C’est en octobre que le chanteur a retrouvé son public avec le début de sa nouvelle tournée débutée en octobre. « Il semblerait que je manquais au public », se réjouit-il dans les colonnes de Paris Match. « Je remplis partout entre 7.000 et 10.000 personnes par soir, on a même fait 11.000 personnes à Strasbourg », illustre le chanteur. « En ce moment, je me sens vraiment vivant. Je sors de scène lessivé mais heureux. Et ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps ! On passe quatre jours en province et quand je reste les trois autres jours de la semaine à Paris, je m’emmerde. Alors que, dans les salles, je sens l’adrénaline qui monte au fur et à mesure. Surtout quand le public hurle « Renaud président ! ».

Pourquoi pas Mélenchon

Engagé depuis toujours dans ses chansons, Renaud n’est pas tendre avec la classe politique lors de ses concerts. Pourtant, il y a quelques mois, il avait affirmé vouloir voter François Fillon. « Cette histoire m’a énervé. Bien sûr que si, au second tour, Fillon se retrouve face à Le Pen, j’irai voter pour lui. Mais quand on lit son programme, il fait peur. C’est le retour à l’ordre catholique, tout ce que j’ai toujours détesté. Après on sort des phrases de leur contexte et on me fait dire que je le soutiens. C’est totalement faux », explique le chanteur qui n’exclut pas de voter pour Jean-Luc Mélenchon même s’il a « l’impression que sa candidature ne sert à rien ». Pour lui, la seule façon de faire gagner la gauche, serait de « refaire l’union de la gauche, le programme commun, comme Mitterrand ».

« Je suis nostalgique de cette belle époque. On me dit que je devrais prendre ma plume pour écrire sur tout ça, mais je n’ai plus envie de décortiquer et d’analyser le monde. Il est trop dégueulasse. Regarde ce qui se passe à Alep, en Syrie… C’est scandaleux et la communauté internationale ne fait rien. Elle laisse les Russes bombarder la ville et les Syriens de Bachar al Assad raser ce qu’il reste de la population civile », déplore le chanteur.

Sobre (ou presque) depuis un an et demi

Renaud revient sur les mois qui ont précédé son retour en studio et son incapacité à créer. « J’étais trop imbibé, j’étais devenu autiste », confie-t-il. Il lui faudra rencontrer Grand Corps Malade qui l’a « presque forcé à écrire une chanson » pour qu’il retrouve l’inspiration. « J’ai écrit tout le disque en un mois. Quand je suis arrivé en studio à Bruxelles, j’étais dans un état pitoyable, incapable de chanter », reconnaît-t-il.

C’est également à cette époque que l’interprète de Mistral Gagnant prend une importante décision : se faire soigner dans une clinique spécialisée. « Depuis un an et demi, je ne bois plus que de l’eau. Enfin presque. Les médecins m’ont dit : ‘Au bout de six mois sans une goutte d’alcool, vous aurez le droit à une bière ou deux par semaine.’ Qu’est-ce qu’ils n’avaient pas dit là… J’en bois un peu plus que ça. En revanche, je ne toucherai plus jamais au Ricard, c’est un poison ».

Je suis un exemple à suivre pour ceux qui sont au fond du trou.

Renaud

Travail, amour, alcool… Pendant longtemps Renaud ne s’est pas posé de limites. « Je n’en ai jamais eu. Je ne suis pas suicidaire mais je suis autodestructeur. Ce qui est paradoxal. Je suis aussi hypocondriaque et paranoïaque. Tout ce que tu vis en ce moment c’est donc une revanche ». Une revanche qu’il estime avoir pris sur ceux qui disaient : « Renaud ne reviendra jamais, il ne chantera plus, il n’a plus de voix, il est alcoolique. »

« On peut toujours s’en sortir », affirme Renaud. « Je suis un exemple à suivre pour ceux qui sont au fond du trou. Il suffit de taper un grand coup pour remonter à la surface et reprendre sa vie en main ». L’artiste, qui sera au Zénith de Paris les 19 et 20 mai prochains, estime avoir « perdu quinze années de ma vie dans la boisson » et l’assure aujourd’hui : « Je suis passé trop près de la mort pour jouer au con avec l’alcool ».

  

Source : RTL