TELEVISION | MUSIQUE
Publié le 27 février 1994 à 00h00, modifié le 27 février 1994 à 00h00
Drôle d’oiseau, Renaud. Le bandana à la ceinture, l’œil allumé, la parole au bout des lèvres, le cheveu filasse. Cinq ans après Visage pâle attaquer Zénith, un concert écolo-mégalo donné au Zénith parisien en 1988, le voici nanti d’une Victoire de la musique 1994 dans la catégorie des albums de musique traditionnelle. Retour au terroir. Renaud cante al Nord, sorti (chez Virgin) dans la vague Germinal, le film de Claude Berry où le chanteur joue le rôle de Lantier, fut rapidement disque d’or, et plut énormément aux gens du Nord.
Renaud sait saisir l’air du temps. Cela lui permet de s’y opposer plus facilement. C’est bien là le moindre de ses talents. Chanteur français, aimant l’argot, l’accordéon, le bal et la banlieue, farouche détracteur des initiatives officielles – il le prouva en organisant « Ça suffat comme ci », le contrebicentenaire de 1989. En attendant, Renaud, en 1988, jouait les Indiens urbains. Sur la scène du Zénith, il avait installé un arbre géant au tronc noueux et solide. Il y avait perché des choristes, habillés de noir corbeau, et traités comme tels. Renaud fait le clown blanc, les choristes sont les imbéciles qu’il convient de huer. Sous les branches en éventail, le chanteur entonne : « Je suis assis sur un banc, je regarde mes contemporains, j’ai cent ans, qui dit mieux. » Pour son dernier tour de chant, au Casino de Paris en 1992, Renaud revint à plus de simplicité. Bien lui en prit : l’affection que lui porte, à juste titre , son public y circulait plus librement qu’au Zénith, concert spectaculaire, mais apparenté aux jeux du cirque.
Source : Le Monde