Renaud : « Quatre plans qui m’branchent bien ! »

Salut !

N° 147, du 13 au 26 mai 1981

Jean-Patrick Capdevielle
Lorsque l’on parle de Capdevielle avec Renaud, ses yeux s’illumi­nent. Cette passion pour cet auteur-compositeur-interprète est sans limite mais écoutons plutôt Renaud, lui-même, nous parler de son nouvel ami. « Capdevielle, ses paroles sont géniales, ses musiques sont géniales, ses arrangements sont fabuleux, sa dégaine est fabuleuse, sa voix est fabuleuse. Alors qu’est-ce que l’on peut demander de mieux à un chanteur ? Je l’ai découvert comme tout le monde avec « Le désert ». J’ai tous ses disques, même son premier 45 tours enregistré il y a trois ans et qui passa complètement inaperçu. Je l’ai vu deux fois sur scène, à la suite de quoi, je l’ai rencontré. Ça tombe bien, il aime bien ce que je fais aussi. Au Palais des Sports, il a eu une attention très touchante : il a offert sa chanson « Salomé » à ma fille Lolita, car Salomé est le deuxième prénom de ma fille. J’ai trouvé ça très émouvant surtout quand il a dit : « Je dédie cette chanson à la fille d’un ami qui est dans la salle et qui s’appelle Renaud. » Sur scène, lorsque je n’ai plus de chansons et que le public redemande une chanson, je chante « Quand t’es dans le désert ». Il y a quelques jours, il m’a dit qu’il allait m’écrire une chanson. Est-ce sérieux, je ne sais pas ? S’il me fait une chanson qui correspond à mon univers avec son langage, je veux bien l’enregistrer. Son univers, je l’adore, mais il ne correspond pas au mien. »

   

Mon petit bistrot

Tout le monde a eu ou a dans sa vie, son bistrot, son Q.G., rendez-vous des copains, des amis. Pour Renaud, cet endroit sympa existe depuis des années et se nomme très justement « Au rendez-vous des amis ». Ce café se trouve dans le quartier du Marais à quelques minutes de chez lui.

« Le rendez-vous des amis » est un bistrot où je vais depuis cinq ou six ans. On y boit, on y bouffe populaire, pas cher. C’est le rendez-vous de nombreux mecs du quartier et même de la banlieue. Au départ, quand je n’avais pas une tune, c’est le bistrot où j’allais bouffer tous les jours, avec une ardoise à rallonge qui durait parfois deux ans. La patronne. Madame David, a nourri tout le quartier pendant des années. Tous mes copains du café-théâtre « La veuve Pichard » où je bossais ont bouffé grâce à elle. Alors, je lui dois bien ma clientèle. J’y vais pratiquement tous les jours. Il y avait un flipper, mais j’ai gueulé car ça faisait trop de bruit et je pouvais pas écrire. Dans la petite salle du fond, j’y ai écrit plusieurs chansons dont « Mille ennuis », « Dernier bal ». La clientèle est très mélangée : il y a des gens de café-théâtre, des chanteurs comme Alain Brice, des comédiens, des prolos, mais pas beaucoup d’étudiants ni de lycéens, car dans le quartier, il n’y a pas beaucoup de lycée ni de fac. »

Les « américaines » et la C.B.

La « C.B. », vous connaissez sûrement ce nouveau moyen de communication entre les automobilistes qui nous arrive des Etats-Unis. « C.B. » étant l’abréviation de Citizen Band. Renaud est fan de cette nouvelle folie américaine mais également des superbes caisses américaines spécialement cette Cheyenne qui le fait rêver.

« Le C.B. », c’est une nouvelle façon de commu­niquer et de ne pas s’em­merder dans les embouteillages et de se sentir en quelque sorte une race à part avec un langage à part. Ça va faire un an que j’ai mon C.B., je m’en sers énormément dans ma voiture. En tournée, je communique avec Alain, mon régisseur. Je ne fais pas tellement ça le soir, car la nuit, il y a des craignosses sur la fréquence, des imbéciles qui s’ennuient chez eux et avec leur C.B., ils couvrent tout le monde. Ces connards qui se sont emmerdés toute la journée dans un bureau, le soir, ils se vengent. J’ai deux bons copains passionnés de C.B., on se retrouve souvent dans Paris. Je dois bientôt faire l’émission d’Europe 1. Chacun a son Q.R. 2, son nom de code, son indicatif. Mon Q.R. 2, c’est le nom d’une danse plus une couleur mais pas « Tango panaché » comme je l’ai vu dans un magazine. J’avoue que je m’amuse beaucoup avec mon C.B. C’est vraiment une très bonne invention qui permet de s’évader, de se distraire et surtout de communiquer. »

Les romans policiers
Qui dans sa vie n’a pas lu au moins un roman policier ? On a tous à un moment donnée bouquiné un polard. Pour Renaud, cela va beaucoup plus loin, puisqu’il affirme que les romans policiers font partie de sa culture.

« Les polards, c’est simple, c’est une grande partie de ma culture, je pense en avoir lu deux mille. Pendant des années, j’en lisais deux par jour, le soir en général. J’aime les polards, ça se lit rapidement, c’est bien écrit. Mon auteur préféré est James Hadley Chase. Ce qui est bien dans les romans policiers, c’est que parfois les gangsters gagnent. »

Lorsqu’on demande à Renaud s’il aimerait jouer au cinéma ou à la télé, dans un film policier, il répond :

« Ouais, ouais, mais je crois que je vais me l’écrire car depuis le temps qu’il en est question et que je note des idées à droite et à gauche, je vais le faire moi-même. C’est-à-dire scénario, direction des autres comédiens, enfin, tout, quoi ! Ce sera l’histoire de petits truands, pas spécialement des gangsters, mais plutôt de petits malfrats à qui il arriverait des histoires, des mecs qui ne seront pas toujours en accord avec la police. »

Oui, effectivement, comment se fait-il qu’un metteur en scène n’ait pas encore pensé à Renaud pour un rôle de malfrat au cœur tendre ? Il serait le personnage idéal pour ce genre de rôle. Alors, messieurs les scénaristes, réveiller-vous avant que Renaud prenne sa plume et se l’écrive, ce rôle sur mesure.

  

Source : Salut !