
Par Romain Fiaschetti – Le – Modifié le
Après le drame de la petite Lyhanna, Lolita Séchan interpelle le gouvernement sur la lenteur du vote d’une loi contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Une urgence partagée par le milieu culturel, alors que la récente mise en examen de Patrick Bruel pour violences sexuelles secoue l’opinion.

| Résumé
→ Lolita Séchan interpelle le gouvernement pour accélérer l’adoption d’une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, dans un contexte d’impunité dénoncée. |
Le monde de la musique et du spectacle continue de prendre position. Après la mort de la petite Lyhanna et la vague d’indignation qu’elle a provoquée dans tout le pays, la fille du chanteur Renaud, Lolita Séchan, a publié ce mardi 16 juin 2026 un message sur Instagram pour interpeller directement le gouvernement.
Dans sa publication, accompagnée de deux photos montrant des peintures sur lesquelles des mains dessinent l’inscription « touche pas à mon gosse », elle pose une question simple et directe : « À quand le réveil du gouvernement pour voter cette loi intégrale qui encadrerait enfin convenablement le traitement des violences faites aux femmes et aux enfants ? »
Une prise de parole qui fait suite aux prises de parole de personnalités du monde culturel et artistique qui, depuis plusieurs semaines, réclament des actes concrets face à l’impunité dénoncée par les associations. Qu’il s’agisse des violences faites aux enfants, ou aux femmes, alors que Patrick Bruel, mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, continue d’agiter les milieux culturels.
Une loi transpartisane attendue depuis trop longtemps
La publication de Lolita Séchan fait écho à un texte législatif précis : la proposition de loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et soutenue par une coalition transpartisane réunissant huit groupes politiques sur onze à l’Assemblée nationale.
Déposée au bureau de l’Assemblée le 2 décembre 2025, cette proposition de 79 articles traite l’intégralité de la chaîne des violences, de la prévention jusqu’à l’accompagnement des victimes, en passant par la sanction et le traitement social du problème.
Le texte est né d’une dynamique impulsée en novembre 2024 par une coalition d’associations féministes et enfantistes ayant rédigé plus de 140 propositions. Parmi les mesures concrètes qu’il prévoit : une check-list d’actes d’enquête systématiques dès le dépôt d’une plainte, entretien avec un médecin spécialisé en psychotraumatisme, prélèvements, enregistrement des auditions.
Plus question de laisser la qualité du traitement des victimes dépendre du hasard ou de la bonne volonté individuelle des agents. Le texte prévoit également un budget supplémentaire, justifié par une hausse de 284 % des plaintes pour agressions sexistes et sexuelles depuis 2017.
« Ce n’est même plus du dysfonctionnement »
Le lundi 15 juin, soit la veille de la publication de Lolita Séchan, les parlementaires porteurs de ce texte ont été reçus par le Premier ministre Sébastien Lecornu et plusieurs ministres. Une réunion obtenue dans le sillage direct de l’affaire Lyhanna, qui a mis en lumière des défaillances institutionnelles systémiques. Si la délégation a obtenu le soutien de principe du gouvernement, le calendrier reste flou : un rendez-vous a été fixé au 14 juillet, après examen du texte par le Conseil d’État.
Pour la députée Thiébault-Martinez, l’urgence est chiffrée : chaque année, 160 000 victimes mineures et 250 000 femmes subissent des violences sexuelles, et seulement 3 % des auteurs sont condamnés. « Il faut en finir avec l’impunité des auteurs d’inceste et des violeurs », martèle-t-elle. « Ce n’est même plus du dysfonctionnement puisque le problème est systémique. »
Ce constat, Lolita Séchan l’a donc traduit à sa façon, avec ses images de mains peintes et son interpellation directe aux élus. Une voix parmi d’autres, mais qui porte le poids d’une génération qui n’entend plus attendre.
Écrit par Romain Fiaschetti
Source : Public
