Renaud se tait son frère raconte

Télé Poche

N° 1160, 2 mai 1988 (programmes du 7 au 13 mai 1988)

BOULEVARD DES CLIPS M6

RENAUD SE TAIT SON FRÈRE PARLE

Il sort un nouvel album, « Putain de camion », mais il ne veut pas en parler. À personne. Si le chanteur s’enferme dans le silence, son frère Thierry, lui, a décidé de dire toute la vérité. Il nous raconte un Renaud plus fragile qu’on ne l’imaginait.

Renaud le timide rejette la télé qui devra se contenter de son clip (jusqu’à nouvel ordre).

Renaud joue le chanteur invisible. Et c’est vous, Thierry, son frère aîné, qui, à l’occasion de la publication du livre que vous lui consacrez (Le roman de Renaud, ed. Seghers) parlez pour lui…

J’ai un peu honte de bénéficier du silence de Renaud. Mais je parle de lui avec son autorisation.

Alors, que lui arrive-t-il ?

Un énorme ras-le-bol. Arrivé au sommet, il a l’impression d’avoir tout dit. Renaud ne cache pas qu’il enfante dans la douleur.

Est-il conscient qu’il pénalise aussi son public ?

Oui, ça l’ennuie. Il a d’ailleurs failli craquer pour Drucker, car il l’aime beaucoup.

Donc, il n’aime plus la télé ?

Disons qu’il est plutôt réfractaire au P.A.F. Dans notre famille, nous avons adoré la télé « O.R.T.F. ». Enfants, nous étions fascinés par « Bonne nuit les petits », « Janique Aimée ». Mais la télé actuelle ne lui semble pas toujours propice au sommeil de sa petite Lolita, six ans et demi.

Dans votre livre, vous dites toute la vérité sur ses origines de « bourgeois-prolo ».

J’ai écrit ce livre pour qu’on nous laisse en paix. Renaud est né dans une HLM de la porte d’Orléans où nos parents habitent toujours. Il s’est trouvé à la conjonction de deux cultures. Populaire, par une mère qui a élevé ses six gosses. Bourgeoise, par un père prof, et romancier à ses heures…

Renaud et la famille…

Il adore quand nous nous retrouvons tous, une fois par mois, chez nos parents. Des tablées de vingt-cinq où personne ne lui parle « disque », mais de la vie, comme tout le monde. À chaque fois, Renaud se sent réconcilié avec tout le reste.

Renaud et l’argent…

Il en a beaucoup. Et parfois, quand nous le trouvons triste, nous pensons à ce que nous ferions, nous, ses frères et sœurs, à sa place. Mais lui, il n’a aucun goût pour le luxe. Son train de vie n’a jamais changé, toujours son grenier parisien dans le Marais, ses jeans et ses santiags. Il a seulement racheté la maison familiale dans le Vaucluse. Il en est fou et il a planté des chênes truffiers, pour ses vieux jours.

La détente du loubard au golf (en vacances à la Guadeloupe) et sur son voilier Morgane (où il écrit ses chansons).
La détente du loubard au golf (en vacances à la Guadeloupe) et sur son voilier Morgane (où il écrit ses chansons).

Renaud et l’aide humanitaire…

Il a participé dès le début aux « Restos du cœur » et continue ce qu’il considère comme une œuvre essentielle. Son cachet « Kanterbräu » est allé directement à la restauration du Museum du Jardin des Plantes. Échaudé par son expérience du disque pour l’Ethiopie et aussi par « Greenpeace », il observe, pour savoir ce qu’il peut faire de réellement utile pour les autres.

Renaud et les personnes âgées…

Il les adore, car il les trouve, comme les enfants, non agressives. Dès qu’il a le temps, il va rendre visite à notre mémé Clériaux, Solange, la femme du grand-père ch’timi Oscar, le mineur mort trop jeune d’un cancer. Il lui raconte des histoires drôles pour la distraire et il repart, heureux.

Renaud et les enfants…

Il consacre énormément de temps à Lolita. Il va la chercher à la sortie de l’école. Il lui a acheté un magnétoscope et lui loue des Walt Disney. Il organise des goûters et, pour ses copains et copines, devient « le raconteur d’histoires ».

Renaud et les femmes…

Il les aime toutes mais n’appartient qu’à une seule : la sienne. Il est très possessif, très pudique et capable de se mettre en furie si l’on touche à sa vie privée. Le couple fréquente peu les gens du spectacle sauf Dominique Lavanant, Christophe Lambert, Claire Nadeau et Philippe Bruneau. Côté chanteurs, il voit souvent Francis Cabrel, un peu Francis Lalanne et, pas assez selon lui, Jean-Jacques Goldman.

Renaud et le cinéma…

C’est son grand regret. Dans la centaine de scénarios qu’il a reçue, il n’a jamais trouvé le rôle qu’il attend. C’est à cela qu’il veut réfléchir dans l’année qui vient.

Danielle TESI

    

Source : Télé Poche