Renaud symphonique : 50 ans de carrière ! à la salle Wilfrid-Pelletier | Grande guinguette fleurdelisée

Sors-tu?

CRITIQUE |

Collaboratrice

Première célébration de deux au Québec, autour d’un poète chanteur irrésistible, plus fort que le temps et les modes. Le spectacle inventé par le duo Yann Perreau et Antoine Gratton a pris des airs de retrouvailles émouvantes. Une quinzaine de voix bien de chez-nous se sont emparées du registre de l’inclassable Renaud pour faire revivre toute une époque de chansons, de Mai 68 aux années 2000. Une chaleureuse fête ponctuée de moments de grâce et de pépites de réinterprétation, presque sans Android dans le rétroviseur, à part quelques têtes en l’air…

 

Il aura fallu deux créateurs pour dresser l’architecture de ce concept hommage à Renaud. Une mise en scène de Yann Perreau, sous la direction musicale d’Antoine Gratton. Et une sacrée caisse de résonnance et de subtilités pour embrasser des compositions durant plus de deux heures avec l’Orchestre national de jazz. En première partie, l’hôte Perreau ouvre le bal, en invitant à se laisser aller à la guinguette. Un mode bon enfant qui sied si bien à l’artiste Renaud, présent dans sa loge, attentif à chaque performance. Car au fil du concert, on assistera à de hauts degrés d’exaltation vocale. Tour à tour, les « chums » de Renaud prennent le micro et témoignent de leur attachement au génie de Mistral gagnant. Pour Marie-Jo Thério qui ira d’un jeu théâtral sur l’air de It Is Not Because You Are (1980), ses chansons donnent envie de liberté, et procure des sensations d’être en vie, même à rebrousse-poil. Mara Tremblay, sincère, exprimera son affiliation de longue date à l’œuvre de « Docteur Renaud, Mister Renard ». Une bouée pour flotter sur les eaux des troubles bipolaires, chantant l’hymne à la survie Manu (1981) et Manhattan-Kaboul (2002) en duo avec son fils Édouard Tremblay-Grenier.

La soirée jubilatoire pour tout fan de Renaud n’a cessé de hisser le public en apesanteur sur sa Planète. Un environnement de dérision sur le monde et de lutte par la beauté du verbe. Aucun essoufflement chez le chef d’orchestre Gratton, ni l’espièglerie de son acolyte Perreau. Coup d’éclat de la soirée : retrouver notre cabotin national Daniel Boucher, vêtu pour l’occasion d’une veste stylé au dos de laquelle est inscrite « Lolita » pour amplifier sa reprise rock addictive de Morgane de toi (1983). Un arrangement musical du tonnerre que l’on espère entendre sur un futur album, pour le plaisir. Puis cette apparition éclair, mais ô combien prenante aux tripes de Betty Bonifassi, dont la voix profonde sur Écoutez-moi les Gavroches (1975) épousait les formes de Piaf qui aurait assurément entonné avec elle ce chant mélancolique de rébellion.

L’hommage à Renaud aurait pu durer jusqu’à l’aube tellement sa formule enivrait. Le public en redemande, et se lève par le coup de l’émoi. Pour clore les portes de cet univers en prose et métaphores, deux divas et un chœur d’enfant. Isabelle Boulay a fait trembler notre corde sensible en reprenant Boucan d’enfer (2016). S’adressant à l’artiste, la chanteuse le remercie d’alimenter son penchant pour la tristesse amoureuse. Et survinrent les moments divins : la montée sur scène du grand enfant de 74 ans aux côtés de cinq Petits chanteurs du Mont-Royal sur la poignante Mistral gagnant (1985), suivi d’un duo avec une complice, Diane Dufresne, sur la mélodie de La Tendresse. Le Québec vous aime, Renaud…

  

Source : Sors-tu?