
Thierry Séchan signe préface et postface de « Renaud, putain de vie », une biographie de son frère chanteur à paraître le 12 janvier. Sophie Delassein l’avait rencontré en novembre dernier.

Renaud va mal. Si mal. Du coup, Thierry ne marche plus à l’ombre de son frère. S’il se montre ces derniers temps, c’est que son cri d’alarme «Renaud, laisse pas béton» a remué les esprits, réveillé les émotions, mobilisé les fans sur Facebook. Thierry Séchan a couché ces mots dans la préface du livre que Claude Fléouter consacre au chanteur Renaud (« Putain de vie », Fetjaine, à paraître en janvier 2012), notre poulbot national, auteur de textes révérés et de succès devenus presque autant d’expressions courantes.
Le bulletin de santé était déjà sombre. La rumeur est venue l’enfer, allant jusqu’à annoncer la fin imminente de l’artiste. « Sur RTL on l’a dit mourant, c’est absurde, répond Thierry. On dit qu’il aurait été victime d’un AVC, c’est faux. Renaud ne va pas si mal. » Il ne va pas très bien non plus. A son frère, Renaud a confié qu’il ne voulait plus écrire. Sa voix, elle, est fichue. L’alcool, le tabac et autres substances ont eu raison d’elle. Ses fans, qui n’ont jamais attendu de lui une performance vocale, voudraient bien l’entendre encore. Et surtout ils reprendraient bien une dose de cette émotion, même rocailleuse.
Biographe récidiviste
C’est fou ce qu’ils se ressemblent. Thierry n’est pourtant pas le jumeau de Renaud (lequel existe en chair et en os). Il est l’aîné, venu trois ans avant. Dans la fratrie, ils sont six, mais c’est de loin Thierry dont Renaud est le plus proche. Son parcours à lui? Il a été parolier occasionnel de Julien Clerc, Dick Rivers, Philippe Lavil ou Elsa. Il est surtout le biographe récidiviste de son frère.
On le rencontre dans un bar du 14e arrondissement. Un verre de rosé à la main, il nous donne des nouvelles de cet illustre frère qui aujourd’hui passe l’essentiel de son temps à la Closerie des Lilas. S’il se noie dans le pastis, explique Thierry, c’est qu’il soufre d’un chagrin d’amour. Il vient de divorcer de Romane Serda, en qui il avait mis tous ses espoirs d’avenir. De cette union, un petit Malone est né. Elle aura été sa deuxième épouse, sa muse aussi pour l’album « Rouge Sang » (qui n’était pas du meilleur tonneau). Pour Thierry Séchan, la déception était annoncée: « Aucun producteur ne voulait de cette minette. Un seul couillon s’est laissé prendre: Renaud. » Carrefour sentimental…
Mi-engagées, mi-sentimentales, les chansons de Renaud ont marqué une génération. Elles resteront. L’aîné:
« Brassens, l’orfèvre, lui avait dit que ses chansons étaient très bien construites. Renaud représente beaucoup de choses, c’est un éternel gavroche, et même si le temps et les substances l’ont abîmé, il avait une belle gueule. Lui, c’est un vent de liberté, un idéal d’une sorte d’anarchie joyeuse et douce, c’est essentiellement un humaniste. »
Des parents collabos?
Au sujet de la persona humaine, Renaud et Thierry ont eu matière à réflexion. Sous le tapis familial furent balayées les cendres du passé. Renaud s’en cache. Thierry Séchan en parle sans difficulté. Non pas comme d’un cadavre dans le placard, mais comme d’une souffrance. Le père, Olivier Séchan, et Solange, leur mère, ont travaillé à Radio-Paris, symbole de la censure sous l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Des parents collabos? Un secret de famille douloureux, pesant, même si les enfants, nés après guerre, n’en sont naturellement en rien responsables.
« Notre père était germaniste – il sera plus tard professeur d’allemand au lycée -, donc tout ce qu’il avait trouvé comme boulot était de traduire pour Radio-Paris les dépêches de la Wehrmacht, raconte Thierry Séchan. Notre mère y était secrétaire. A la Libération, la police a retenu notre père une journée en garde à vue. »
Les enfants l’apprennent à l’adolescence, quand des cousins viennent leur lancer à la figure que leurs parents étaient « de sales collabos »:
« Ça a été douloureux parce que nous avions le mythe de la Résistance, de Jean Moulin en nous, et quand un petit salopard de cousin est venu nous le dire, haineux, devant nos copains juifs, ça nous a fait un coup. Nous devions avoir 15 ou 16 ans. » Et de poursuivre: « Si Renaud n’en a jamais parlé publiquement, c’est qu’il estimait ne pas avoir à le faire. »
Sources : Le Nouvel Observateur et le HLM des Fans de Renaud