Chanson Magazine

N° 4, juillet-août 1983
Renaud, un mec louche
Mon père aime Renaud. Ma grand-mère aime Renaud. C’est louche.
Nous, quand on rentrait à la maison et qu’on disait « j’ai les boules » ou « ça craint », ils faisaient semblant de ne pas comprendre et pestaient contre ce langage. Mais quand Renaud passe dans le porte, ils sourient, vont jusqu’à dire : « Au moins, celui-là, il a du talent ». C’est tout de même injuste.
Lui, il peut parler en verlan, en argot, dire des gros mots. Comme par miracle, toutes les générations comprennent tout. Bon. d’accord, il les a séduits avec un peu d’accordéon musette, des chansons réalistes et tout ça… Mais Laisse béton, Gérard Lambert, Mon beauf, Dans mon HLM, pourquoi est-ce que ça plaît autant aux beaufs qu’à ceux qui les détestent, autant à ceux qui vivent dans un HLM qu’à ceux qui virent dans un duplex sur le front de Seine, autant aux rockies de banlieue qu’à ceux qui n’ont jamais foutu tes pieds dans la zone ?
Pourquoi Renaud est-il, disons-le tout net, un vrai grand chanteur populaire ? Ce type a des appuis, des combines, c’est sûr. Ou alors… il a VRAIMENT beaucoup de talent, comme ils disent.
Et en plus, il parait que c’est un garçon adorable. Alors, je vous le demande, où s’arrêtera-t-il ?
Laurence LEFEVRE
Salut ma gueule,
par Marianne Sergent
Ça s’fait, fallait un collègue genre crédible pour pondre quelques lignes énamourées, ambiance, quel mec génial ! Alors j’m’y suis collée.
Pourquoi Toi, et pas les Trois Autres qu’ont fait la une du présent canard ? Ben pass’que Toi j’connais ta meuf et vu qu’on est potes si j’dis que j’aime y’a pas d’malaise.
Ben oui j’aime imbécile, et pourquoi j’te l’demande ?
D’abord pass’qu’on est pays, qu’on jacte si l’même mode, qu’on est des goualants, des vulgaires et qu’si on est loup et louve solitaires ça fait plaisir de faire partie d’la même bandasse de rats de villes.
Pis pass’qu’on a déjà des souv’nirs de vieux cons d’Café-Théâtre époque vaches maigres, que j’t’ai vu faire pousser tes amours, et qu’on est d’ceux qui continuent à passer écluser un godet chez Madame David quand on est à Paname.
Pass’que moi aussi j’bande pour l’Raquennrôl et qu’le piano à bretelles m’fait mouiller d’puis tout’p’tite.
J’t’aime pour… « Je veux qu’mes chansons soient des caresses ou des poings dans la gueule, à qui qu’ce soit que j’m’agresse, j’veux vous remuer dans vos fauteuils… » pour… « Vivre libre c’est souvent vivre seul, ça fait p’t’être mal au bide mais c’est bon pour la gueule… » pour « Ça sert à rien la haine… », pour… « Que tu sois fils de rien, tu s’ras fils de tendresse, tu s’ras pas orphelin… ».
J’arrête le glossaire, les chansons ça s’écoute, c’est fait pour balader.
Voilà. Pis j’aime aussi pass’que tous tes dix sont dédiés à ta Grosse. Ch’uis p’t’être qu’une midinette, alors t’es qu’un romantique mon salaud, fais gaffe tu vas virer poète. C’est pour ça que j’t’aime.
Allez Mec lussa et fraternité ! La Porte de la Chapelle rend hommage à la Porte d’Orléans, j’te roule des pelles comme des Mouflets au Square du Vert Galant.
GENSER
M. SERGENT
Si vous avez des difficultés à comprendre, vous pouvez vous référer au livre de Pierre Perret : le Petit Perret illustré par l’exemple, Editions J.-C. Lattès.

Source : Chanson Magazine
