
Par Aurore CHABAUD
Journaliste
achabaud@lest-eclair.fr
Le mardi 27 janvier 2026
LE FAIT DU JOUR
Frère jumeau de Renaud, David Séchan est cette année le parrain de l’association Troyes Chante. De passage à l’occasion du lancement de la troisième édition du festival Bulles de chanson, il revient sur son parcours intrinsèquement lié à la musique et sur celui de son frère, avec lequel il a travaillé et sur lequel il a publié plusieurs ouvrages, notamment de photos.

David Séchan. vous êtes le parrain de Troyes Chante cette année. Comment ça s’est fait ?
C’est suite à une rencontre avec Fred (Castel, président de l’association Troyes Chante. NDLR) lors d’un festival de chansons parisien. Nous étions membres du jury tous les deux, nous avons sympathisé et il m’a proposé de venir à Troyes et, de fil en aiguille, d’être le parrain de cette belle association. Ce que j’ai accepté avec joie, car je suis un grand amateur de chansons françaises parce que j’en ai écouté beaucoup dans mon enfance. Mes parents écoutaient beaucoup de chansons, et aussi parce que mon frère est devenu un chanteur célèbre. J’ai été élevé, bercé à la chanson française et biberonné. J’aime beaucoup découvrir de jeunes talents. Il y a beaucoup de femmes qui se lancent dans cette discipline. J’ai été très honoré d’être choisi comme parrain.
Le coup d’envoi du festival Bulles de chanson est donné avec un spectacle autour du répertoire de votre frère. C’était évident pour vous d’être là. ou vous étiez curieux de découvrir ce concept ?
C’est un vrai concept. Je trouve la formule très intéressante. Reprendre les chansons de Renaud, ça se fait de plus en plus. Beaucoup de chanteurs, de groupes, de duos qui tournent avec ses chansons. Ils les reprennent, les adaptent. Ils s’attribuent l’œuvre de leur aîné et je trouve ça formidable. Il y a toute une inventivité au niveau de l’adaptation, de la manière d’interpréter ses chansons, les orchestrer et surtout, on redécouvre certaines chansons, qui sont moins connues puisque ces groupes ont l’habitude d’exhumer des petits joyaux. C’est intéressant pour le public, qui ne connaît pas forcément toute l’œuvre. Il y a des petits trésors. C’est passionnant de les dénicher et de les redécouvrir. Je suis très heureux de ce spectacle car ça modernise son œuvre et ça la perpétue. J’ai amené des bandanas pour les musiciens et des photos dédicacées à mettre sur les sièges, à la demande de Renaud. Il est toujours très ému de voit le renouvellement de générations venir écouter son œuvre. Il en est très fier.
Justement, dans les chansons moins connues de Renaud, il y en a une qui vous touche plus que les autres ?
Il y a une chanson que j’adore qui s’appelle Pourquoi d’abord. Peu de gens la connaissent mais c’est la chanson qui termine l’album Marche à l’ombre et c’est un petit bijou. Il ne la chante plus sur scène. C’est merveilleux d’humour. Ce que j’aime, c’est qu’il y a une œuvre littéraire, poétique, mais il y a énormément d’humour, de tendresse, d’humanisme. C’est ce qui fait, pour moi, sa qualité première.
En tant qu’amateur de chansons françaises, ça fait quoi de se dire que les chansons de votre frère font partie du patrimoine musical français et qu’il y a des générations entières qui ont été biberonnées à ses chansons ?
Ça m’étonne toujours. Quand Renaud a démarré, c’était un peu pour rire. On faisait des chansons. on était en bande. C’était pour séduire les filles. Il était très très drôle. Il faisait des chansons sur sa bande, sur ses copains, sur ses petites amies. Et puis, il y a eu cette révolte de mai 68 qui l’a vraiment projeté dans un registre plus politique et vindicatif et révolté. Ça a montré une autre facette de Renaud. plus grave, plus rebelle. Ça fait un tout. Il a réussi à mêler plusieurs genres, la musette, le tango… Renaud a un peu tout mélangé, avec cet esprit libre, révolté et humoristique
Et vous, vous écoutiez quoi enfant comme chanson française ?
Du Brassens. Je n’avais pas le choix. Mes parents écoutaient Brassens en continu à la maison. Notre chambre était juste contiguë au salon, l’électrophone était près de la paroi qui nous séparait du salon. Malgré nous, on écoutait Brassens. Je connais Brassens par cœur mais parce que je l’ai beaucoup entendu. C’est mon repère.
Aujourd’hui, vous aimez écouter quoi ? Vous disiez que vous aimez découvrir. Qui vous plaît ?
Yorick Vinesse, qui joue dans le cadre du festival. Il a énormément de talent. C’est un type exceptionnel que j’ai découvert lors de ce jury à Paris, qui a gagné le grand prix et le droit de venir ici se produire. Je suis actuellement très fan d’une jeune chanteuse qui s’appelle Marion Roch, que j’ai éditée. Je trouve qu’elle a énormément de talent. Elle fait de la chanson engagée, tendre, poétique. Tout ce que j’aime.
Et dans la génération actuelle ?
J’aime bien Benjamin Biolay. Son œuvre est assez remarquable. J’aime beaucoup Santa. Ça a été une révélation pour moi et puis Zaho de Sagazan. Je suis de près tout ce qui vient de la rue, la musique urbaine.
Vous ne chantez pas mais la musique fait partie de votre vie…
J’en ai fait mon métier. À la base, j’étais photographe. J’ai fait évidemment des photos de Renaud, à l’époque où il chantait dans la rue, pour avoir des souvenirs et pour m’entraîner. C’est un métier qui était déjà difficile à l’époque. J’arrivais difficilement à en vivre et Renaud venait de créer sa première société d’édition. Il m’a proposé de venir travailler avec lui comme assistant. Je suis rentré, je devais avoir 30 ans. Je l’ai dirigée par la suite. J’ai appris ce métier d’éditeur musical et la production.
Vous avez également fait partie de la Sacem ?
J’ai beaucoup œuvré pour la défense du droit d’auteur et j’ai été élu au conseil d’administration de la Sacem, dont je suis aujourd’hui vice-président d’honneur, dans le but de défendre le droit d’auteur contre le tout gratuit et les ravages que l’IA a fait et va faire. Il y a un vrai combat à mener car c’est hallucinant la capacité de ces algorithmes à produire des œuvres qui sont magistrales. C’est très angoissant.
Vous avez fait aussi des livres sur Renaud…
J’ai fait surtout des livres de photos. notamment sur la tournée Phénix Tour, où il renaissait de ses cendres véritablement. Ça m’a tellement ému ce retour car je le voyais tous les jours se liquéfier dans une addiction maudite. Quand il a arrêté, c’était comme le Phénix. Ça a été tellement fort que j’ai voulu immortaliser ça. J’ai fait une trentaine de dates. Il était très heureux du résultat. Mon frère est un personnage atypique et d’une résilience phénoménale. Je me suis dédié à mon frère tout en ayant ma vie parallèle.
Parmi les photos fortes, celle de l’album « Morgane de toi ». Elle a marqué les esprits…
C’est une photo mythique pour les fans. Elle a un côté un peu flou. Renaud voulait qu’on voie Lolita mais il ne voulait pas qu’on la voie… J’avais choisi de mettre un diffuseur et de faire une sorte de pointillisme. Ce qui fait que ça donne cette impression. Cette photo a eu un vrai retentissement dans son public. C’est une des plus belles périodes de sa vie. C’est la paternité, sa fille, qui aujourd’hui travaille avec lui et gère sa carrière. Père et fille.
Vous avez tracé aussi votre chemin tout en menant en parallèle une vie auprès de votre frère…
C’est mon frère jumeau. J’ai fatalement une sorte de fidélité vis-à-vis de lui. Dieu sait qu’on s’est souvent engueulés mais ça ne change rien à l’amour profond que j’ai pour lui-même bien avant son œuvre. ●