Rendez-vous intime avec Renaud

Le nouvelliste

Lundi 29 janvier 2001

Arts et spectacles

Renaud dénonce, charme et fait rire

Marie-Josée Montminy
Shawinigan

(Photo – Sylvain Mayer)
Le chanteur français Renaud s’est arrêté à Shawinigan hier dans l’itinéraire de sa tournée québécoise. De belles retrouvailles avec des fans conquis d’avance.

Le caractère foncièrement sympathique et la sincérité de Renaud en spectacle effacent rapidement son image de rebelle acariâtre.

Et font même oublier que le Parisien de 48 ans n’a pas le talent vocal de Pavarotti…

Visitant ses 26 ans de carrière, Renaud a ravi le public du Centre des arts, hier, dans le cadre de sa tournée québécoise, accompagné sobrement mais efficacement d’un pianiste et d’un guitariste.

Et d’un sens de l’humour surprenant, qui a su rendre mémorable la soirée à laquelle il a convié son public.

Renaud Séchan est ambassadeur de cette race de chanteurs engagés, contestataires, un peu insolents. Mais sa personnalité est teintée de tellement d’autres nuances! Artiste dénonciateur, oui. Mais homme d’une grande tendresse et d’une vive sensibilité aussi.

Ces multiples facettes, comme les taches sur la palette d’un peintre, donnent autant de couleurs à ses chansons. Du pamphlet politique au poème de désespoir amoureux, Renaud sait reproduire les tons du quotidien aussi bien que les reflets d’enjeux planétaires. L’amour entre deux personnes, la guerre entre les nations — et tout ce qu’il y a entre les deux!: tel est l’univers de Renaud.

Le Renaud politique, social, se manifeste à travers des chansons telles «Déserteur», «La ballade nord-irlandaise» et l’incontournable «Miss Maggie», qu’il a bien sûr servies à son fidèle public.

Le Renaud familial, lui, a dévoilé son coeur dans «En cloque», un hommage à sa femme enceinte, «Morgane de toi», une ode à sa fille Lolita, «Chanson pour Pierrot», pour le garçon qu’il aurait aimé avoir, et surtout dans «Boucan d’enfer», une déchirante chanson d’amour inspirée de la rupture de son mariage.

Renaud parle aussi du prolétariat, du chômage et des ravages de la drogue; dans un autre registre, il peut s’attarder au contenu du sac à main de sa femme ou au décor de la maison de la mère de son guitariste. Renaud c’est tout ça, et même davantage.

Le spectateur qui n’était pas trop chaud à l’idée d’aller voir Renaud en spectacle a pu découvrir tout au moins un communicateur attachant. On n’est pas surpris de lire dans quelqu’article de journal que plus jeune, Renaud rêvait de devenir comédien. Démontrant un naturel surprenant, le chanteur se double parfois d’un stand up comic. Ou d’un politicien.

Comme un miroir de la diversité des préoccupations exprimées dans ses chansons, le bavardage de Renaud aborde divers sujets. «Toujours pas indépendant, le Québec? Ça viendra. Un jour, quand je serai célèbre, j’irai chanter au Canada. Mais pour l’instant, je me contente du Québec!», a entre autres lancé Renaud, dans un élan sans véritable lien avec la chanson qui suivait.

Puis, démontrant une humilité certaine, Renaud a abordé la question des mauvaises critiques montréalaises, provoquées par sa dégustation outrancière de l’oeuvre houblonnière de Robert Charlebois avant un spectacle à Montréal la semaine dernière.

«Merci d’être venus malgré tout. Ceux qui ont lu les critiques de la presse montréalaise avaient de quoi être dissuadés de venir et exiger de se faire rembourser…», a-t-il dit avant de raconter la fête qu’il a faite avant le fameux spectacle, se repentant de ne pas avoir attendu après…

Plus drôle, Renaud s’est aussi payé la tête de Céline Dion et de son nouveau-né, et n’a pas épargné Lara Fabian. «Mais on l’aime bien, Céline. Surtout depuis qu’on a découvert Lara Fabian. On peut être méchant, elle est Belge», s’est-il excusé.

Toutefois, parmi le flot de paroles de Renaud, un petit bout à retenir. Une précieuse déclaration qui sauve le chanteur d’une remarque qui pourrait être un gros morceau de critique. «Je n’ai jamais prétendu être un bon chanteur ou un grand chanteur. Je crois même que j’ai la voix la plus pourrie du show-business». C’est lui qui l’a dit.

Avis aux fans, Renaud présentera un nouvel album d’ici la fin de l’année. Les deux complices qui l’accompagnaient délicieusement sur la scène du Centre des arts hier, Jean-Pierre Buccolo et Alain Lanty, participent à la conception de ce nouvel opus.

  

Source : Le nouvelliste