Romane Serda : « On m’a diagnostiqué une hypersensibilité. Jusqu’alors, je me détestais d’être aussi sensible. »

Closer

N° 1037, du 25 avril au 1er mai 2025

Pour mieux la comprendre, il suffit d’écouter son cinquième album. L’ex-épouse de Renaud a tant de choses à exprimer sur son parcours de vie pas du tout conventionnel…

Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel

La GRANDE Interview

« Renaud et moi, nous sommes liés à jamais par Malone, le fils que nous avons eu ensemble. »

Ce cinquième album, Sujet sensible, porte très bien son nom… Vous êtes-vous fixé des limites ?

Aucune. Les seules choses sur lesquelles je peux hésiter, c’est quand je trouve que ce n’est pas de qualité, que ça ne mène à rien. J’écris tout ce que je pense. Je ne peux pas me mettre de frein. Il n’y a aucune revanche sur la vie, de règlement de comptes ou de méchanceté. Je n’ai rien à cacher, j’ai besoin d’être authentique.

Vous vous étiez déjà beaucoup dévoilée dans votre livre A la vie à l’amour, paru en 2020.

Ce livre m’a aidée à retracer mon passé pour mieux voir le futur. Mais entre-temps, j’ai pris conscience de beaucoup de choses.

Dans le titre Beau, vous faites rimer « perds » avec « verre ». Est-ce une allusion à votre vie avec Renaud ?

Non, pas du tout, cette chanson est un peu l’histoire de ma vie. Je suis souvent tombée sur des  manipulateurs. On aurait tendance à penser que nous, les victimes, sommes un peu niaiseuses. Mais en réalité, nous sommes juste des personnes trop gentilles, constamment dans le doute et qui finissent par croire que l’autre, même s’il balance les pires insultes, a forcément raison.

Aujourd’hui, est-ce que vous êtes parvenue à les fuir ?

J’y arrive depuis qu’un médecin a diagnostiqué une hypersensibilité, il y a seulement trois ans. Comprendre les raisons pour lesquelles j’attirais ce genre de personnalité nocive fut un soulagement. Jusqu’alors, je me détestais d’être aussi sensible, de ressentir trop intensément, d’être constamment dans le questionnement pour mieux rendre les autres heureux. Aujourd’hui, j’accepte enfin d’être qui je suis.

Vous avez été mariée au chanteur Renaud. Votre chanson, Née sous ex, raconte explicitement l’image de « femme de… ». Elle vous poursuit encore, malgré votre divorce en 2011 ?

Elle est gravée à jamais. Mais elle n’est pas négative, heureusement. Les gens adorent Renaud, et c’est merveilleux. Mais disons que ce raccourci réduit la femme que je suis. Mes parents m’ont donné un nom et un prénom, et je menais déjà une carrière de chanteuse avant de tomber amoureuse de l’artiste. Mais là n’est pas le problème. Peu importe mon métier, j’aurais juste aimé avoir mon identité propre.

« Je menais déjà UNE CARRIÈRE DE CHANTEUSE avant de tomber amoureuse de Renaud »

Vous n’imaginiez pas être réduite à « la jolie blonde intéressée » ?

Pas du tout, car je venais de passer six années à Londres avec mon copain de l’époque, lequel était musicien. Les artistes faisaient partie de mon quotidien. Pour moi, il était normal de passer Noël avec Sinead O’Connor, les Corrs ou Brian Eno. Lorsque j’ai fait la connaissance de Renaud, j’étais loin de penser que mes sentiments seraient remis en cause. J’ai toujours été authentique dans mon histoire d’amour. Nous étions fusionnels.

« J’ai grandi dans une communauté de babas cool, entourée de poules en liberté, de chevaux, de moutons. »

Vous l’avez aussi beaucoup aidé à lutter contre ses addictions…

Parce qu’il avait aussi envie d’être aidé et accompagné.

Il y a quelques années, vous avez déclaré « être mariée à vie à Renaud ». Le pensez-vous toujours aujourd’hui, alors qu’il a refait sa vie avec Cerise ?

Nous sommes liés à jamais par Malone, le fils que nous avons eu ensemble. Un enfant est bien plus intense qu’un mariage. Je suis remplie d’affection pour son père. Lui et moi avons chacun refait nos vies. C’est le principal.

Malone a aujourd’hui 18 ans. Se destine-t-il à une carrière artistique ?

Il étudie le cinéma mais dans la partie technique. En revanche, il a un don pour l’imitation, la comédie. Mais je crois qu’il n’ose pas se l’avouer…

« Pour moi, il était normal de passer Noël avec Sinead O’Connor, les Corrs ou Brian Eno. »

Les paroles de votre album parlent beaucoup de la peur de l’abandon… Elle fait partie de vos angoisses ?

Depuis toujours. Je crains même que mon chien m’abandonne un jour ! C’est aussi la raison pour laquelle je n’arrive pas à dire « non », par peur de me retrouver seule face à mes angoisses.

Il aborde également le thème d’un père absent ?

Après le divorce de mes parents, quand j’avais 2 ans, je me suis retrouvée seule avec ma mère et mon beau-père. C’est pourtant le lot de tous les enfants de divorcés, mais je me suis probablement sentie abandonnée par mon père alors qu’il a, paraît-il, cherché plusieurs fois à entrer en contact avec moi…

Il faut reconnaître que votre enfance avec votre mère n’a pas été conventionnelle…

C’est vrai. J’ai grandi dans une communauté de babas cool, entourée de poules en liberté, de chevaux, de mou­tons. Nous vivions dans des pièces de maisons en construction, avec des tentures mauves en guise de murs. A la maison, ce n’était pas comme chez mes copines, car tout l’environnement y était très atypique. C’était une forme de liberté, et j’y ai pris goût, même si, à l’époque, je voulais ressembler à mes amies. Je suis heureuse aujourd’hui d’avoir eu la chance de grandir dans ce monde à part où la musique et la nature faisaient partie de notre quotidien.

Avec notre journaliste

Remerciements à la péniche Le Son de la Terre (Paris 5e)

courrier@closermag.fr


5 choses qu’on ne sait pas sur Romane Serda
1 Elle a travaillé avec le leader du groupe SCORPIONS, avant de rencontrer Renaud.
2 Elle a enregistré DEUX DISQUES À LONDRES et y a vécu pendant six ans avant de rentrer en France et de travailler sur son premier album éponyme.
3 Elle a joué le rôle principal de la série L’ANNEXE, diffusée sur France 2 en 1993.
4 Romane aurait pu devenir DANSEUSE AU CRAZY HORSE.
5 VÉGÉTARIENNE depuis plus de dix ans par conviction et non par goût, car elle aime le jambon ibérique et les saucisses de Morteau !