
Publié : 13/10/11 – 06h41 | Mis à jour : 13/10/11 – 06h50
Elle revient sur son histoire avec le chanteur et s’explique sur leur séparation, alors que sort son troisième album. Une artiste désormais décidée à voler de ses propres ailes.

SIPA/CAPMAN VINCENT
Alors qu’elle est fraîchement divorcée du chanteur Renaud, son nouvel album, Ailleurs, sort jeudi. Romane Serda, 40 ans, est bien consciente de cette position difficile. « J’ai peur qu’on me maudisse d’avoir voulu qu’on se sépare, explique-t-elle. Vu de l’extérieur, ça fait la nana qui s’est fait pistonner et puis qui se barre. Vu de l’intérieur, ce n’est pas tout à fait comme ça… »
Retour en arrière : au début des années 2000, Renaud n’était que l’ombre de lui-même. Un fantôme bouffi d’alcool, un pilier de comptoir au bout du rouleau, à court d’inspiration. Puis, d’un coup d’un seul, il est revenu avec un nouvel album intitulé Boucan d’enfer, une tournée triomphale à travers toute la France et le tube Manhattan-Kaboul. Derrière cette renaissance, cherchez la femme. Elle s’appelle Romane Serda, ils se sont rencontrés à La Closerie des Lilas, à Paris. Longue silhouette blonde, elle l’accompagne alors partout, le soutient, lui donne un fils, Malone, né en 2006. Elle a chanté, aussi, au fil de deux disques auquel a participé son mari, lui offrant par la même occasion le duo Anaïs Nin. « Même si je chantais avant de le rencontrer, c’est vrai qu’il m’a beaucoup aidée, assure-t-elle. Ses chansons, ce sont des cadeaux. Travailler ensemble était pour moi un choix évident. »
Du côté des fans « hardcore » de Renaud, la pilule ne passe pas. Ils pointent la différence d’âge, l’accusent de profiter de la situation et de la notoriété de son futur ex-mari. Avec la parution de ce troisième album – qu’il a lui-même financé –, ça ne va pas s’arranger. Elle le sait, et se sent tenue de se justifier : « La vie n’est pas blanche ou noire. Je suis pleine de tendresse pour lui et je serai toujours là. On se voit tous les jours avec le petit, ce n’est pas la guerre. Il se trouve qu’il va mal et ce n’est pas à cause de moi. »
Autodestruction
Bref, Renaud a replongé dans ses idées noires, ses dérives éthyliques, ses tourments. « Je n’y arrive plus, explique-t-elle, je ne peux plus rien faire. Je suis inutile. On dirait qu’il veut se détruire et je n’ai plus la force de l’accompagner dans son autodestruction. » Elle prévient cependant : ce n’est pas en clamant ici et là que le chanteur est alcoolique que ça va s’arranger. Non, il faut le laisser en paix, le laisser tranquille. Constatant que « l’arrivée d’un enfant n’a rien changé », elle lui souhaite de « tomber amoureux. » Elle poursuit : « Ça pourrait peut-être le transporter ailleurs que dans ses maux. Ça fait onze ans qu’on se connaît, ça a été une lutte de tous les jours pour qu’il aille bien. Maintenant, j’ai le petit et j’ai besoin de dormir, de me réveiller le matin, d’être en forme, d’être joyeuse. De passer à autre chose. Je ne veux pas être responsable de tout. »
Alors, dans ce disque conçu entre Londres et Paris, elle a choisi de faire fi de toute cette tristesse sur fond de pop anglaise des années 1960, en compagnie de complices tels les paroliers Jean Fauque ou Boris Bergman. « J’avais envie de quelque chose de léger, mais avec des mots graves. J’avais envie de joie et bonne humeur. » Ça ne l’empêche pas, dans la chanson O Oh !, de clamer : « Comment ça fait quand tu ne te plais plus au fond du miroir / Comment ça fait quand il te fait un portrait plutôt noir / Tu vas où quand tu t’absinthe/loin. » Comme une ultime bouteille jetée à la mer.
Ailleurs, de Romane Serda, Chant du monde, 15,50 €.