
Le 2 mai 2007 à 00h00
Hier, la candidate socialiste a tenu son dernier grand meeting dans un stade archicomble et une ambiance surchauffée. Entourée d’une pléiade de chanteurs, Royal a ponctué son discours par un « Aimons-nous les uns les autres ».
RECORD BATTU. Ségolène Royal a réuni hier au stade Charléty près de 80 000 personnes. La moitié a eu la chance d’assister au concert-meeting dans l’enceinte du stade, l’autre moitié n’a pu voir que des images sur un écran-camion installé à la hâte à l’extérieur.
16 heures : le service d’ordre débordé. Aux alentours de Charléty, sous un soleil radieux, une foule compacte tente de rentrer dans le stade.
La circulation du tramway des maréchaux doit être interrompue, et les responsables de la sécurité prennent la décision de limiter à 40 000 le nombre de spectateurs. Du coup, des vagues de jeunes escaladent les grilles d’enceinte. Quelques élus tentent de se frayer un chemin jusqu’à la tribune qui leur est réservée. Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair sont contraints de rentrer par l’arrière du stade. L’occasion d’un bain de foule improvisé pour celui dont Royal dit désormais qu’il ferait un « très bon Premier ministre ». « Elle va gagner parce que les gens n’ont pas oublié les cinq ans de régression sociale », commente DSK une fois dans la tribune. Dans la salle réservée aux invités, Michel Rocard tombe dans les bras de Bertrand Delanoë. « Bertrand, je te présente mon fils », lance un Rocard épanoui qui raconte ses souvenirs du meeting de Charléty en mai 68 avec Pierre Mendès France. Lequel avait prononcé un discours dont Geneviève de Fontenay, la mère des miss France, présente elle aussi, se « souvient encore ». « Mitterrand doit penser à Ségolène dans sa tombe », imagine cette fan de la présidente de Poitou-Charentes.
17 heures : le casting de Ségolène met l’ambiance. Sur la scène, les artistes défilent. « C’est elle qui les a choisis et appelés, et qui a voulu ce concert contre vents et marées », raconte Jack Lang. Yvan Le Bolloch, le rappeur Disiz la Peste, Leny Escudero, Michel Delpech, Georges Moustaki, le slameur Grand Corps Malade, les Têtes Raides et Cali chantent deux ou trois de leurs succès, souvent avec un mot pour la candidate. « C’est la seule qui a parlé du génocide au Soudan », souligne Disiz la Peste. Les VIP ont droit à leur carré de tribune. Parmi eux, des comédiens comme Emmanuelle Béart, Philippe Torreton, Didier Bezace, Jean-Pierre Darroussin, Danièle Evenou, le producteur Dominique Besnehard, l’écrivain Marie Darrieussecq… Et aussi un footballeur qui s’engage pour la première fois : l’ex-meneur de jeu du PSG Vikash Dhorasoo, qui trouverait « superclasse d’avoir une femme de gauche présidente dimanche soir », et qui avoue que Nicolas Sarkozy lui « inspire de la peur ».
18 heures : la gauche se reprend à y croire. Eux aussi ont leur tribune. Et se laissent prendre par l’ambiance. « Ce meeting, c’est la meilleure préparation pour le débat d’aujourd’hui, commente Elisabeth Guigou. Elle va se sentir portée. » « La puissance d’un événement comme cela libère les énergies, ça montre qu’il y a des ressorts », commente Jean-Marie Le Guen. « Ça bouge dans le pays, ça se resserre », estime Arnaud Montebourg. Robert Hue est acclamé par la foule lorsque son visage apparaît sur les écrans : « Rassemblez-vous, votez Royal », lance l’ancien candidat communiste. Dans le stade, les jeunes du MJS en tee-shirts rouges font une chenille géante. Dans les gradins, on improvise des olas au cri de « Ségolène présidente ». La foule est colorée de milliers de drapeaux et de panneaux multicolores à l’effigie de Royal. « Ça fait du bien grave », souffle Razzye Hammadi, président du MJS.
19 heures : la candidate fait huer Sarkozy. Fendant la foule, les bras levés vers le ciel, Ségolène Royal, en veste et jupe blanches, se dirige vers la scène, suivie notamment de Julien Dray et de Delanoë, qui a dû renoncer à prendre la parole comme convenu au départ. François Hollande, qui vient d’arriver, est acclamé lorsqu’il apparaît à l’écran. « Je vous salue, peuple de France, peuple libre, peuple fier, peuple insoumis et qui veut la victoire », attaque Royal. « J’ai pris beaucoup de coups dans cette campagne, mais j’ai reçu aussi tellement, tellement de bonheur partagé », poursuit-elle. Puis, elle attaque son rival UMP. Revenant sur le discours de Sarkozy dimanche à Bercy sur Mai 68, Royal le reprend de volée : « Il y a deux jours, tout était de la faute de Mai 68. Mais quelle mouche l’a piqué ? Mai 68, c’était il y a quarante ans. A Bercy, on était en juin 68 », ironise-t-elle, imaginant que Sarkozy rêve de « remonter les Champs-Elysées comme le général de Gaulle après sa reprise en main du mouvement contestataire. Mais Bercy, ce n’est pas les Champs-Elysées, Doc Gynéco, ce n’est pas André Malraux, Bernard Tapie, ce n’est pas François Mauriac, et Nicolas Sarkozy, ce n’est pas le général de Gaulle », lance-t-elle sous les acclamations. Très remontée, elle enchaîne : « A Bercy, on a fait ovationner le mot Kärcher, on a parlé de liquider une partie de l’histoire, et de reformater une partie des Français. Les plus hautes valeurs de la France ne sont pas compatibles avec l’usage de tels mots. » « La fameuse rupture annoncée est purement et simplement une fracture républicaine », assène-t-elle. « On va gagner », hurle la foule enthousiaste.
21 h 30 : Renaud, Noah et Bénabar ferment le bal. A la fin de son discours, Yannick Noah et Renaud entourent la candidate et la prennent par la main pour un long salut à la foule. D’autres visages connus s’avancent. Royal écoutera chanter en coulisse ses amis Noah, Bénabar et Renaud. Avant d’aller prendre du repos pour le débat capital de ce soir.
Source : Le Parisien