Interview
N° 8431, 23 décembre 2024
Renaud : « La scène me fait vivre »
EXCLUSIF. Le chanteur donnait samedi soir à Deauville la dernière date de sa tournée « Dans mes cordes ». Avant ce concert particulièrement joyeux et émouvant, lors duquel ses fans lui ont interprété une chanson surprise, il nous a accordé une interview à cœur ouvert.
Le 22 décembre 2024 à 18h03, modifié le 23 décembre 2024 à 11h21

LP/Frédéric Dugit
Il est pas né, le crétin qui voudra m’enterrer
Ils n’étaient pas nombreux à miser sur docteur Renaud quand il est retourné sur scène, il y a deux ans. Même ses proches craignaient qu’il n’arrive pas à assurer les quarante premières dates de sa tournée, qu’il avait lui-même intitulée « Dans mes cordes ». Mais mister Renard a beau être cabossé par la vie, il a décidément de la ressource ! Samedi soir, c’est lui qui a remporté la mise en bouclant au casino Barrière de Deauville (Calvados) la 131e et dernière date de sa tournée. Un concert de près de deux heures à la fois joyeux et émouvant.
Alors, certes, il n’y eut pas de miracle au micro. Même si on a trouvé le chanteur de 72 ans plus souriant et communicatif, il a toujours sa voix caverneuse et ses soucis d’élocution et de rythme qui gomment souvent la poésie de ses textes et détonnent avec la beauté des arrangements des cinq violonistes, une violoncelliste, une guitariste, un pianiste et un accordéoniste qui l’entourent. Mais ses fans sont fidèles au poste, toujours prêts à danser et chanter, avec lui ou à sa place. Combien de « on t’aime » lui ont-ils lancé ? Combien de fois l’ont-ils ovationné ?
Mais la voix ?
Les gens supportent. Ils chantent avec moi. Je répète avant tous mes concerts, entre six et dix chansons. Et malgré tout, c’est assez difficile. Mais bon, j’y arrive.
Est-il vrai que vous avez fait un petit AVC ?
Il paraît, oui. Il y a une dizaine d’années. Je ne me souviens pas. « Dieu me tripote », comme dirait Desproges.
Jean-Claude Camus, qui fut entre autres le producteur de Johnny Hallyday, a dit récemment que vous feriez mieux d’arrêter.
Je ne l’ai pas entendu, mais ça m’agace. « Il est pas né, ou mal barré, le crétin qui voudra m’enterrer. » Je me cite (un extrait de sa chanson « Toujours debout »).
Et les fans qui ne veulent plus venir vous voir…
Il n’y en a pas beaucoup. On vieillit, on change, il faut comprendre. La scène me fait vivre, et l’inactivité me tue. Je remercie mes fans qui sont toujours là. Toutes les salles ont été remplies sauf Dunkerque et Alençon.
Quel est votre meilleur souvenir?
Le premier et le dernier concert. Retrouver le public, c’était très fort. Et le dernier, parce que… Je crois qu’il y a des surprises. Je m’attends au pire (il sourit).
Un mauvais souvenir ?
Quand je me suis fait virer de l’avion parce que je vapotais. J’allais chanter au Canada et ils m’ont débarqué. L’équipe est partie sans moi et sans Cerise.

Votre concert a un peu évolué au fil du temps…
On a viré des chansons, « Dans ton sac », « Il pleut », « la Mère à Titi », qui ne marchaient pas avec le public, on a ajouté « Ma gonzesse », « les Mots », « Déserteur », une chanson de mon album « Cante El’Nord ». Je reprends « Quand j’étais chanteur » de Michel Delpech. Dans ses paroles, j’ai l’impression de me voir à 80 ans.
Et à 80 ans, vous serez toujours sur scène ?
J’espère… Comme McCartney. Y a intérêt ! Je sais que le public sera là.
Votre album « À la belle de mai » ressort pour son 30e anniversaire…
C’est mon album préféré. Toutes les chansons sont belles, acoustiques, orchestrées magnifiquement. Je l’avais fait chez moi, j’avais enregistré les voix dans les chiottes, le son y était excellent. « Son bleu » est ma chanson préférée avec « En cloque ». Il paraît que la réédition est numéro deux des ventes hors nouveauté.

Vous fêterez vos 50 ans de carrière en 2025. Est-ce que vous changeriez quelque chose dans votre parcours ?
Je n’irais pas à Moscou (en 1985, il avait été invité dans un festival des Jeunesses communistes. Pendant sa chanson « Déserteur », une grande partie du public avait été sommée par le parti de quitter la salle). Ce fut un traumatisme. J’ai toujours une tendresse pour les communistes, mais cela m’a rendu paranoïaque.
Allez-vous célébrer vos 50 ans de carrière ?
Il va y avoir un bouquin, un documentaire de Tancrède Ramonet, un gros concert… On va faire une fête aux Francofolies de La Rochelle, le 10 juillet, avec uniquement des artistes de la nouvelle génération. J’adore les Francos, c’est mon festival de cœur. J’attends aussi avec impatience le spectacle de reprises de mes chansons rock par Noé Preszow (le 24 janvier à l’Hyper Weekend Festival). C’est mon chanteur préféré avec Gauvain Sers. Grâce à eux, la chanson engagée va mieux.
Mais vous, la politique ne vous inspire plus rien ?
Rien du tout. Bayrou Premier ministre, que voulez-vous que j’en pense ? Les politiques m’ont dégoûté. Je préfère écrire des chansons humanitaires.
Bayrou Premier ministre, que voulez-vous que j’en pense? Les politiques m’ont dégoûté.
Vous avez apporté votre « soutien total » à Gisèle Pelicot sur Instagram.
Cette femme me sidère, son courage me touche énormément. Je pourrais en faire une chanson. Mais je ne suis pas beaucoup l’actualité en ce moment. Je préfère regarder des séries, comme « Yellowstone ». Elle est bien, mais se finit en eau de boudin.
Vous vous êtes marié en mai avec Cerise. C’était comment ?
Inoubliable. Le plus beau jour de ma vie. Tant d’amour ! Ma petite femme et tous mes copains, Gauvain Sers, Jean-Paul Rouve, Vianney… J’ai fait deux duos magnifiques sur scène, avec Vianney et Gaëtan Roussel Je vais en enregistrer un bientôt avec Hoshi, qui a fait une chanson pour nous. Ce sera sur son prochain album, j’espère. Je l’aime bien.
Qu’a changé Cerise dans votre vie?
Elle a tout changé.
« À la belle de mai », édition 30e anniversaire, Parlophone/Warner, de 14,99 € le CD à 91,99 € le coffret luxe avec 2 vinyles, 3 CD et un DVD.