Sur le chemin de l’école avec le chanteur Renaud à Mirabel-aux-Baronnies en Drôme provençale

La Provence

Par Laurent BLANCHARD
Publié le 13/08/26 à 05:28 – Mis à jour le 13/08/26 à 11:00

VOUS N’AVEZ PAS VU… ? (ÉPISODE 4). Après avoir contribué financièrement à sa construction il y a vingt ans, le chanteur continue d’entretenir un lien très particulier avec l’école de ce village de la Drôme provençale. Une histoire digne d’une chanson de son répertoire.

Renaud dans une des classes de l’école qui porte son nom à Mirabel-aux-Baronnies, en Drôme provençale, tout près de Vaison-la-Romaine (Vaucluse).
/ photo dr

Certains, déjà informés, viennent tout spécialement, parfois de très loin. D’autres s’arrêtent après avoir vu le panneau à l’entrée du village en arrivant de Vaison-la-Romaine (Vaucluse). À Mirabel-aux-Baronnies, l’école Renaud-Séchan a l’attrait d’un monument que l’on vient voir et immortaliser. Comme un vénérable édifice, nombre d’admirateurs et de curieux se prennent en photo devant la fresque dédiée au chanteur dont une partie du répertoire a inspiré les élèves qui ont réalisé l’ouvrage en 2012.

Il faut dire que le site est unique. L’établissement scolaire de cette commune de 1 500 habitants, en Drôme provençale, est le seul en France à porter le nom de l’artiste. Il a fallu une addition de circonstances favorables pour en arriver à cette exception.

La dédicace que Renaud a écrite sur un mur de l’école, lors du vingtième anniversaire de l’établissement, au début de cet été.
/ photo lb

« Une fierté pour nous»

L’histoire remonte à 2005, année où la municipalité avait acté le projet d’une nouvelle école et lancé un appel d’offres pour un marché public finalement annulé au vu d’estimations et de prétentions trop élevées. Une version moins onéreuse avait donc été à l’étude en corrélation avec un architecte du nom de Jean-Claude Mounier demeurant tout près, à Châteauneuf-de-Bordette et conjoint de la mère de Romane Serda alors en couple avec Renaud.

Un jour, en voyant son beau-père plancher sur le dossier, ce dernier allait apprendre que la commune voisine, où étaient également scolarisés les enfants de Châteauneuf et de Piégon, autre village proche, manquait de moyens pour la construction d’une école. Ni une ni deux, l’auteur de « Mistral gagnant » décida d’apporter sa contribution.

Quelle ne fut pas la surprise de Laurent Donzet, adjoint à la mairie de Mirabel délégué aux écoles et responsable de la commission d’appel d’offres, quand Jean-Claude Mounier lui annonça que… Renaud était prêt à consacrer 150 000 euros à ce chantier d’un montant global d’1 million d’euros. Celui-ci allait même se déplacer en mairie avec Romane pour formaliser les choses. Une aide déterminante. Un bien heureux hasard aussi.

« En fait, si on n’avait pas cassé le premier marché public, jamais tout ça ne serait arrivé », sourit encore aujourd’hui Laurent Donzet qui se souvient d’avoir « vécu une période magnifique » comme l’ensemble de la population de cette commune et des villages alentour. « C’est une fierté pour nous qu’un tel artiste se soit penché sur le devenir de notre école », insiste un habitant de Mirabel.

« Les enfants, c’est tout pour lui »

Tout au long de l’évolution de ce projet, Laurent Donzet, en vrai inconditionnel, a connu des moments particulièrement forts avec Renaud qui, au-delà de son soutien financier, s’est toujours intéressé au chantier dans la plus grande discrétion. Tout comme, bien sûr, Romane, cette enfant du pays qui a tour à tour fréquenté la maternelle des Pilles, l’école élémentaire de Mirabel et le collège de Nyons, bien avant sa carrière d’artiste.

Renaud était alors en pleine écriture d’un de ses albums majeurs, Rouge Sang. Mais il gardait une place pour Mirabel. « Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, chez ses beaux-parents mais aussi chez lui, à L’Isle-sur-la-Sorgue, indique Laurent Donzet. Avant même l’inauguration, il est également venu à la rencontre des enseignants et des élèves, ce qui a toujours le plus compté dans sa démarche car les enfants, c’est tout pour lui. »

Renaud et Romane Serda, lors de l’inauguration de l’école en 2006. / photo dr

Aussi, vous ne pouviez trouver homme plus comblé que lui le 14 octobre 2006, jour de l’inauguration de l’école Renaud-Séchan. Accompagné de Romane et entouré de mômes portant un bandana rouge au cou, il était sans doute plus heureux du Séchan que du Renaud, son nom et son prénom peints en fines lettres à l’entrée de l’établissement. Les circonstances ont joué un rôle, là aussi.

Hommage à son père

« Au départ, il ne tenait surtout pas à ce que l’école porte son nom, rappelle Laurent Donzet désormais 1er adjoint, car il craignait que les journalistes ’people’ disent qu’il avait acheté une école pour avoir son nom dessus. La mairie le souhaitait néanmoins et en tant que représentant du conseil, je lui signalais à chaque fois que je le rencontrais, mais c’était toujours non. » Jusqu’à ce jour d’août 2006, quelques semaines après le décès de son père, ancien professeur et écrivain.

À nouveau relancé par Laurent Donzet, Renaud devait finir par accepter en apprenant que l’idée de la mairie était de baptiser l’école Renaud Séchan. « Ce jour-là, raconte le 1er adjoint, il m’a regardé dans les yeux en disant : Mon père serait heureux de voir son nom sur une école‘. » Renaud s’est décidé pour lui. L’hommage d’un fils à son père.

Nicolas Ponzo, adjoint aux écoles (à gauche), et Laurent Donzet, 1er adjoint, devant la fresque dédiée à Renaud dans la cour de l’école. / photo dr

C’est un peu de sa propre histoire qui a pris forme avec les murs de cette école. Une histoire vivante puisque depuis son ouverture, Renaud entretient le lien, lui qui a déjà fait don notamment de matériels scolaires (livres, ordinateurs, tablettes…). « Il vient en personne, discrètement, accompagné de son assistant, décrit Nicolas Ponzo, le nouvel adjoint aux écoles et aux associations, puis il repart. »

Comme il l’avait déjà fait pour les dix ans, en 2016, Renaud s’est également déplacé au début de l’été, à la fête de l’école, pour le vingtième anniversaire. Certaines de ses chansons avaient été mises à l’honneur par les élèves à l’endroit où elles ont probablement le plus de sens pour celui qui les a écrites.

  

Source : La Provence