Tryo : «Nos titres résonnent encore plus qu’il y a 25 ans»

L’Avenir

Bruxelles – 26-01-2020 à 18:00 – Interview : Cristel JOIRIS – L’Avenir

Le groupe français Tryo a écumé quelques scènes belges en décembre pour préparer son concert anniversaire, à Bercy, le 13 mars.
ÉdA – Florent Marot

Un double album de duos et un concert à Bercy, c’est le cadeau que s’offre le groupe français, Tryo, pour son 25e anniversaire…rencontre avec son fondateur: Christophe Mali.

Un double album de duos et un concert à Bercy, c’est le cadeau que s’offre le groupe français, Tryo, pour son 25e anniversaire…-

Fredonnée par des milliers d’adolescents dans les années 90, L’hymne de nos campagnes, est l’un des succès incontournables du groupe français Tryo, né en 1995.

Pour fêter ses 25 années passées sur le fil d’un reggae fervent, frondeur, militant et visionnaire, les quatre musiciens du groupe – Guizmo (Cyrile Célestin), Christophe Mali, Manu Eveno et Daniel Bravo – s’offrent un double album dans lequel ils revisitent, en compagnie de nombreux artistes, leurs meilleurs titres.

Nous avons rencontré Christophe Mali, fondateur du groupe, à la Ferme du Biéreau, en décembre, alors que groupe écumait quelques scènes en guise de tour de chauffe avant son concert événement du 13 mars à Paris-Bercy.

Comment est née cette idée d’album de duos?

Au début, on était parti en se disant qu’on allait demander à des artistes d’interpréter nos tubes, comme une sorte de «tribute». Et puis, on s’est vite dit non, on va faire des duos.

Comment avez-vous choisi les artistes avec qui vous collaborez?

Le choix des artistes s’est imposé comme une évidence à nos yeux. On est parti de deux listes idéales: d’un côté ceux que nous connaissons depuis toujours, avec qui on a déjà travaillé et qui nous ont donné envie de faire ce métier comme Renaud, Alain Souchon, Hubert-Félix Thiéfaine… D’un autre, il y a tous ces artistes de la jeune génération qu’on croise en festival et qui nous disent « oh mais moi je vous écoutais quand j’étais jeune » comme Bigflo et Oli, Vianney, Boulevard des airs… ils ont tous une histoire liée avec Tryo.

Et il y a même une collaboration avec Véronique Sanson?

On l’a rencontré il y a 8 ans en promo. On s’est super bien entendu avec elle. Et puis un jour, j’avais son numéro et je lui ai dit que nous faisions le Trianon. Elle a répondu qu’elle aimerait nous découvrir sur scène et elle est venue! Elle est venue nous saluer dans la loge et c’est comme ça qu’on est devenu ami. Elle nous a invités sur son album de duo. Donc on lui a dit il faut que tu viennes sur notre album aussi.

Il y a quelques surprises aussi?

Oui. Un duo avec Macfly et Carlito, deux Youtubeurs que nous connaissons par l’intermédiaire de nos enfants et que nous avons rencontré par l’intermédiaire de Bigflo et Oli. Nous les avons croisés à leur concert et ils nous ont dit qu’ils étaient fans. On les a fait chanter «Désolé pour hier soir» car le côté sketch de ce morceau s’y prêtait à fond. Ils ne connaissaient pas vraiment le morceau mais ils ont répondu présents tout de suite. Pour l’instant, nous n’avons pas encore participé à une de leurs vidéos. Mais ce serait fun.

Nous avons chaque fois essayé de choisir vraiment le morceau qui allait comme un gant à l’artiste.

Comment avez-vous travaillé avec les artistes? Ils vous ont aiguillé ou guidez par rapport sur les duos?

Chaque artiste que nous avons appelé, nous lui avons proposé un seul titre. Certains ont dit oui mais se posaient vraiment la question du morceau. Nous avons chaque fois essayé de choisir vraiment le morceau qui allait comme un gant à l’artiste. Et force est de constater que ça a marché à tous les coups.

C’était culotté de demander à Véronique Sanson de chanter «Ladilafé» qui parle de la maladie dans une période où elle était en train d’annuler ses concerts et où elle disait en public qu’elle se battait contre un cancer. Qui de mieux pour la chanter qu’elle mais comme c’était délicat… Quand elle a écouté mais ce morceau, elle a dit que c’était magnifique. Au départ, on a fait une version un peu «bossa» pour elle mais elle a dit non moi je veux faire du reggae!

L’anecdote la plus dingue s’est passée avec M (Mathieu Chedid). Ça fait très longtemps qu’on le connaît. On lui a proposé un titre qu’il ne connaissait pas. Il m’a appelé et m’a dit: comment ça se fait que je suis passée à côté de ce morceau? J’adore. On lui avait envoyé une version avec des arrangements. Il nous a avoué ne pas vraiment les aimer. Du coup, il s’est réapproprié la chanson, il est reparti de zéro. Puis on a rajouté quelques éléments. Et ça a matché.

Tous les artistes nous ont dit oui et ont joué le jeu. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec un double album. Nous, on pensait qu’on aurait la moitié de chansons.

Où avez-vous travaillé pour l’enregistrement de l’album?

Manu et Daniel ont travaillé sur les arrangements. Nous avons travaillé avec un réalisateur, Régis Ceccarelli (le fils du batteur), pour les arrangements et le son. Ensuite l’artiste faisait son retour. La plupart ont accepté l’univers dans lesquels on les a amenés.

Et vous préparez une grosse date à Bercy le vendredi 13 mars. Tous ces artistes seront présents à vos côtés?

Non car c’est assez compliqué. Il y en a plein qui sont en tournée: Alain Souchon, Gauvin Sers, Boulevard des airs donc on est dépendant de ça. Mais tous ceux qui ne seront pas en tournée seront là oui. Donc il y aura une flopée d’artistes à Bercy et pas mal de surprises aussi. Ce sera un grand anniversaire. C’est notre date unique française.

Comment préparez-vous ce concert?

Nous avons écumé quelques scènes en décembre, c’est un peu le tour de chauffe avant Bercy même si c’est un vrai plaisir d’être en tournée. Mais comme nous n’avons pas joué ensemble depuis deux ans, c’était indispensable. C’est pour roder le spectacle, essayer des choses, tester la set liste.

Si on a tenu 25 ans c’est aussi parce qu’on fait d’autres choses à côté

Après 25 ans, on ne se lasse pas de travailler, de tourner toujours avec les mêmes personnes? Entre vous, c’est la même cohésion que début le début?

Nous avons toujours eu une certaine manière de travailler avec Tryo: on arrive avec des nouvelles chansons, on les travaille pour l’album, pour la scène, on part en tournée un ou deux ans. Et après on s’arrête. On fait des vraies pauses d’un an, un an et demi. Ce qui permet de faire autre chose, de voir d’autres têtes, de prendre de la liberté par rapport au groupe. De ne pas être complètement le nez dans le guidon. Tu laisses alors l’envie renaître. Si on a tenu 25 ans c’est aussi parce qu’on fait d’autres choses à côté. Guizmo et Daniel sont partis sur un projet collectif, moi je fais de la mise en scène et du coaching avec des artistes.

Aujourd’hui, vous allez chercher un public plus jeune ou ce sont les mêmes personnes qui vous suivent depuis le début?

C’est complètement hallucinant. En fait, on a des personnes qui nous ont suivis depuis le début et qui nous font découvrir à leurs enfants, à leurs petits frères, petites sœurs. C’est intergénérationnel. Là, il y a une nouvelle version de «L’hymne de nos campagnes» qui est sortie en octobre 2019. (NDLR: il compte un demi-million de vues sur YouTube) et on se rend compte que plein de jeunes découvrent notre musique. On est dans le top 10 des titres les plus shazamés. Ce qui est complètement fou. Plein de personnes nous rejoignent encore et ça, ça nous dépasse complètement. C’est inexplicable. Notre concept parle aux jeunes. (Lire suite ci-dessous)


 

Est-ce que ce n’est pas parce que vos textes sont autant d’actualité qu’il y a 25 ans…?

C’est vrai qu’il y a plein de chansons d’il y a 25 ans qui ont une nouvelle résonance aujourd’hui et qui sont même encore plus d’actualité. Je pense à «La Misère d’en face» par rapport aux réfugiés, je pense à «Un homme qui aime les femmes» par rapport au mouvement #Metoo, évidemment «L’hymne de nos campagnes» par rapport à l’écologie, «France Télécom» pour expliquer l’addiction aux portables alors que les smartphones n’existaient pas encore. Le fait de ressortir ces morceaux 25 ans après nous permet de les dépoussiérer.

Quels sont vos projets pour la suite?

Après Bercy, nous comptons tourner dans les festivals cet été (NDLR: Ils seront à Namur 30 août aux Solidarités). Et après des nouvelles chansons vont arriver. Nous allons préparer un autre album. Et là on fera des plus grosses salles en France, en Belgique, en Suisse et au Québec. On a aussi très envie de retourner à la Réunion et peut-être dans les îles: Nouvelle-Calédonie, Tahiti… c’est dans les tuyaux. Ça fait longtemps qu’on nous le demande.

  

Source : L’Avenir