
Le 13 novembre 1996
SPECTACLES/MUSIQUE
Un Renaud d’une tendresse lumineuse
Deux mille spectateurs ont, hier soir, fait un très bel accueil à celui qui «rengaine » comme chante le ruisseau de la rue. Succès au Zénith d’Orléans.

Photos : Thierry Bougot
Il a tellement goûté le sirop de la rue que ses titres et sa voix sont devenues une véritable potion magique pour ses fans, un remède à cette « désabusation » devant le monde dont il parle pourtant. Avec une cuillère pour l’amour, une cuillère pour la tendresse et tout un flacon de mots-révoltes qui veulent abattre les murs, Renaud a requinqué, hier soir, les 2.000 spectateurs de tous âges rassemblés au Zénith.
En plus de deux titres de Brassens dont « Brave Margot », Renaud a donné ce jeudi quelque 22 titres à sourire debout. Alternant les grandes tristes qui s’étirent en « langueur », et les vives qui font danser, ce diable de matelot aux yeux bleu-malice, entouré de sept musiciens, dont l’accordéoniste Jean-Louis Roques, a fait chavirer côté fête ou mélancolie à coups de chansons à chambouler le cœur.

Dès que le vent, Marche à l’ombre, En cloque, Socialiste, Morts les enfants. Marchand de cailloux, Hexagone, Manu ont soulevé l’ovation… Jolie ferveur de la salle encore pour les intemporelles Mistral gagnant, Ballade Irlandaise, C’est quand qu’on va où ? Si le verbe a fait mouche, si l’acoustique du concert fut excellente, le triomphe qu’a récolté Renaud est aussi dû à cette simplicité dans le contact qu’il établit avec un public qui le lui rend bien. Hier soir, le chœur était souvent dans la salle, les amoureux tanguaient et les briquets sortaient des poches pour de petites flammes scintillantes à souhait.
Un clin d’œil côté ancien palais des sports « pourri », un coup de chapeau côté Zénith, qui va quand même coûter « bonbon », l’aveu d’un petit rhume qui file un peu la voix, voilà côté artiste. Des roses, des peluches, des cigarettes qui atterrissent sur la scène, voilà côté public. Oui, un très joli concert où gavroche et sa bande ont flirté avec bonheur côté slave ou ballade enlevée.
2.000 spectateurs font une grande fête à Renaud

Même bonheur avec Sarclo en première partie. Un tout petit tour de chant, par un Suisse dont les complaintes d’un « bluesy » revigorant n’y vont pas par quatre chemins pour chanter l’amour, le ras-le-bol. Une pudeur de mèche Renaud. De mèche rebelle bien sûr. Histoire de faire la nique à l’oubli de l’enfance, exigeante parce que vraie, pure parce que merveille.
Jean-Dominique BURTIN.
Source : La République du Centre