N° 69, 20 octobre 1993
L’athlétisme est la plus complète des disciplines sportives, celle qui, à travers la diversité des épreuves la composant, développe chez le pratiquant (plus encore que chez les téléspectateurs) le plus grand nombre de muscles, à l’exception peut-être de ceux de la bite et du cerveau, cette remarque étant, je l’avoue, totalement déplacée, la bite n’étant pas un muscle mais un corps spongieux et le cerveau une masse nerveuse. Mais alors, me direz-vous, comment se fait-il que nos muscles deviennent tout mous quand nos femmes enfilent un training et nous proposent d’aller faire un footing avec elles, alors que lorsqu’elles enfilent un string nos corps spongieux deviennent tout durs ? Et pourquoi, me direz-vous encore, si le cerveau n’est pas un muscle, Sylvester Stallone a-t-il été décoré par Jack Lang ? Autant de questions auxquelles la science n’a pas encore répondu et devant lesquelles je n’ai d’autre explication que celle-ci : les académiciens, auteurs des définitions du dictionnaire concernant ces deux organes essentiels à une vie rigolote, n’utilisent plus ni l’un ni l’autre depuis trop longtemps.
On sait peu de choses sur l’origine de l’athlétisme, à part qu’il fut inventé en mille ch’ais pas combien avant Jean- Claude, dit « J.-C. », en Grèce, par un sportif. Alors qu’au départ l’athlétisme n’était composé que de trois ou quatre disciplines, marelle, course de sac et balle au prisonnier, au cours des siècles suivants il s’enrichissa de nombreuses autres épreuves dont certaines, tombées en désuétude depuis, ne manquaient pas d’originalité. Je pense notamment au « 110 mètres-aïe ! » où des lames de faux remplaçaient les haies actuelles, au grand regret alors de quelques corps spongieux par trop volumineux.
Aujourd’hui, les disciplines les plus prestigieuses de l’athlétisme sont le 60 mètres, le 100 mètres, le 200, le 400, le 800, le 950, le 1 500, le 5 000, le 10 000 et le 14 375, etc. Dans toutes ces épreuves, la principale difficulté consiste à courir, soit très vite, soit très longtemps, soit les deux à la fois. Le vainqueur est, en général, celui qui a su utiliser l’anabolisant le plus difficile à détecter dans le jus de son corps spongieux. Mais la reine de ces épreuves dites « de courses » est le marathon ou « 42 000 mètres environ ». Le marathon est à la course ce que la traversée de l’Atlantique à la rame est à une petite branlette dans ta baignoire : les deux font travailler le poignet sous la flotte, mais le marathon, comme l’Atlantique, quand t’as fini t’as pas trop envie de recommencer tout de suite. D’ailleurs, qui n’a pas vu François Léotard à l’arrivée du marathon de New York ne sait pas ce qu’est un homme qui souffre.
Outre les épreuves de courses, nous avons encore dans l’athlétisme les épreuves de saut et celles de lancer. Détail étonnant, dans le saut en longueur, le saut en largeur et le triple saut, les Noirs dominent outrageusement la discipline, alors qu’au saut en hauteur et à la perche ce sont plutôt les Russes blancs, je sais pas pourquoi. Peut-être fut-ce le syndrome du mur de Berlin qui incita les athlètes des pays de l’Est à briller particulièrement dans ces disciplines, de la même manière qu’on les vit remporter toutes les victoires au lancer du marteau et je vous parle même pas de la faucille…
Le lancer du poids, du javelot et du disque concluent ce petit tour d’horizon. Nous ne nous arrêterons pas sur les deux premières épreuves spécialement grotesques, pour ne parler que de la dernière dans laquelle le champion du monde reste incontestablement Michael Jackson qui lance ses disques avec une réussite exceptionnelle quoique, finalement, infiniment moins loin et moins fort que nous après que nous les avons écoutés.
En France, question athlétisme on est quand même pas terribles, mais, comme disait l’autre crevure baronnesque, l’essentiel, c’est de participer.
Source : Chroniques de Renaud parues dans Charlie Hebdo (et celles qu’on a oubliées)