
25 Novembre 2010
Le chanteur énervant, comme il s’est lui-même surnommé, traverse une période de mélancolie douloureuse.

Dans le fond, le succès, la popularité, les récompenses et une carrière étalée sur plusieurs décennies ne suffisent pas à vous apporter le bonheur de façon définitive. C’est l’une des conclusions que l’on tire à la lecture d’une récente interview de Renaud dans le magazine Serge.
Renaud avoue ne plus avoir d’inspiration, et ce, malgré une actualité sociale dense et propice à des textes incisifs comme par exemple « mon HLM » ou « Hexagone ».
L’alcool aussi, vieux démon qui le suit depuis longtemps et dont il s’était libéré ces dernières années, reprend petit à petit une place dans sa vie.
Le chanteur évoque aussi sa vie en banlieue, loin de ses amis et de ses petits bistrots qui lui manquent.
Cet article m’a laissé un point au ventre, même si je faisais partie de ceux qui l’ont fustigé il y a quelques années lorsque il avait montré à son public que les excès de la vie avaient eu raison de sa justesse de chant. Je ne peux pas m’empêcher de penser à « Mistral gagnant », « Manu », « En cloque » ou encore « Morgane de toi » et j’ai le spleen moi aussi de le savoir déprimé.
Renaud représente pour plusieurs générations d’adolescents, le chanteur qui dénonce les inégalités, les injustices et l’absurdité du monde dans lequel on vit quand on est un « prolo ».
Attention, Renaud n’est pas un chanteur communiste, l’engagement n’est pas toujours politique. Dans son cas, il est humain et humaniste et c’est aussi pour ça que Renaud plait, car il a presque toujours su échapper à la récupération.
A l’heure du journalisme trash qui pointe du doigt chaque faiblesse et chaque faux pas, à l’heure des tournées regroupant les artistes de notre enfance, qui remplissent des salles à travers la France, on finit par croire qu’un artiste ne doit prendre sa retraite qu’à sa mort. Mais l’artiste qui souhaite se retirer est-il condamné à vivre sa décision comme un échec ? La mélancolie de Renaud nous interroge sur la pression que le public impose à l’artiste, sur la difficulté de prendre du recul sur le succès qu’il soit d’ailleurs passé ou présent.
Pour rappel, et pour le plaisir, je vous propose de réécouter Mistral gagnant :
Source : M Radio