Renaud, ce camarade plein de paradoxes

Le Figaro

L’exposition consacrée au chanteur à la Philharmonie de Paris montre à merveille la fabrication d’un personnage qui, à travers ses engagements, a toujours oscillé entre espoir et désillusion.

Chez Renaud, le paradoxe règne. Cela commence dès l’enfance. Une double enfance, pourrait-on dire, paraphrasant la chanson de Maxime Le Forestier. Côté paternel, une ascendance bourgeoise et protestante, tendance intellectuelle. Chez la mère, des racines ouvrières, et la figure d’une gueule noire devenue héros familial, le grand-père Oscar Mérieux. Toute sa vie, Renaud oscillera entre ces pôles. Les photos de la lignée Séchan, qui ouvrent le parcours, montrent bien cette appartenance double.

Couvé par ses parents, bercé par la machine à écrire du père, Olivier, restaurée pour l’exposition, Renaud passe une enfance idyllique, qui se brisera sur les idéaux de Mai 68. L’adolescent conteste l’autorité et s’éloigne du cocon. On n’aurait pas imaginé Renaud consignant avec un soin aussi maniaque les artefacts de sa vie. Tout y est, depuis la mobylette de la pochette de l’album Place de ma mob jusqu’à la photo de Bob Dylan en studio en 1965 qui trône dans son salon.

L’exposition montre à merveille la fabrication d’un personnage qui se cherche à ses débuts, entre tentations réalistes et chanson contestataire. Ce Gavroche de la Porte d’Orléans, « sépa­ratiste du 14′ arrondissement », décou­vre le succès assez tôt. Les manuscrits des chansons montrent l’évolution d’un auteur qui met au point une langue nouvelle dans la chanson française avec un œil de quasi-anthropologue. Les planches de Frank Margerin apportent le complément visuel aux récits des fi­gures des chansons, toutes inspirées de personnages réels, tel Gérard Lambert qui ressemble à Gérard Lanvin.

Humaniste contrarié

Les engagements de cet humaniste contrarié, qui oscille entre espoir et dé­sillusion, permettent de replonger dans les causes des années 1980 : Greenpeace. SOS Racisme… Tout comme son ad­miration aveuglante de « Tonton » Mit­terrand, qu’il considère comme un père. Le cinéma est peut-être trop re­présenté, notamment à travers la fres­que Germinal qui marque un tournant dans la carrière du bonhomme.

Un reproche ? L’exposition reste trop pudique sur la baisse de qualité de la production de Renaud, l’affaissement de ses prestations scéniques et le carac­tère quasiment inaudible de sa voix. Dans les yeux de son frère jumeau, Da­vid, et de la commissaire Johanna Co­pans, le Renaud de l’expo est une ver­sion idéalisée d’un artiste qui ne brille plus que par intermittence. Mais la réussite de cet accrochage ludique est de nous replonger dans ce qui apparaît aujourd’hui comme un âge d’or : la dé­cennie 1980, au cours de laquelle la chanson Mistral gagnant a pu gagner les galons de standard du répertoire. ■

  

Sources : Le Figaro (ici et  ici)