RENAUD – « FEMME, JE T’AIME… ET MÊME LA REINE D’ANGLETERRE »

Télé 7 Jours

N° 1345, 8 au 14 mars 1986

L’œil sur eux

Avec Dominique, « Mme Renaud » à qui il a dédié de nombreuses chansons, dont « Ma gonzesse »

Miss Maggie n’ayant pas répondu à notre invitation, nous avons convié Élisabeth, ou plutôt, son étonnant so­sie, pour prendre le thé avec l’auteur de « Mistral gagnant » dont c’est vraiment l’année. Il triomphe au Zénith et son 33 tours et son 45 tours battent des records. L’occasion de le laisse parler, avec tendresse, de toutes les femmes, à part… Mme Thatcher.

Sa majesté, (alias Huguette Funfrock, que nous a « prêtée » l’agence de sosies Peter Kim) a trouvé Renaud très distingué…

Mais comment peut-on être un homme si tendre avec les femmes dans la vie et si dur dans une chanson avec le Premier ministre anglais ?

Je ne suis pas dur, je suis impertinent. Oui, je lui reproche son attitude belliqueuse, son agressivité, sa violence, sa sévérité. Peut-être a-t-elle un cœur après tout, puisqu’elle a un fils qu’elle aime… Je suis navré que les Anglais pensent que j’ai écrit une chanson contre eux. J’espère bien un jour aller leur chanter mon répertoire en anglais et leur montrer que je ne suis ni xénophobe, ni raciste, ni anti-anglais et que je n’ai rien à leur reprocher ni à eux, ni à leur reine : elle ne fait pas de politique !

– Oui, mais reste la chanson…

Je n’ai pas pour Mme Thatcher la haine qu’on m’a prêtée. D’ailleurs je ne sais pas ce que c’est que la haine. Simplement, je ne l’aime pas trop parce qu’elle symbolise tout ce que je déteste chez les hommes : elle est trop dure, trop teigneuse, trop entière, pas assez fragile, quoi. Une femme, ça doit être fragile . Elles ont intérêt à l’être, si elles veulent qu’on les protège, qu’on les dorlote qu’on les chouchoute. Avec Dominique, ma femme, ma gonzesse, la sentir fragile me permet de me sentir plus fort aussi c’est un échange. Un jour, c’est elle qui est fragile, un jour c’est moi…

– Alors si on parlait des femmes, à part Mme Thatcher.

Le but de ma chanson, c’était un hymne à la gloire des femmes. Je les ai toujours adorées. Mon premier amour, c’était ma maîtresse à l’école à l’école. Elle ne devait pas être très jolie, mais, en un an, j’avais le temps de tomber amoureux, d’autant plus que j’étais pas dans une école mixte ! D’ailleurs, je me rattrapais en vacances. J’avais de grandes amours platoniques et réciproques. On s’échangeait les bonbons. C’était très beau. Puis j’ai eu des aventures, des coups de foudre, mais mon premier grand amour, c’est Dominique. C’est le premier car c’est le seul qui ait réussi. Elle est la seule que j’ai aimée suffisamment pour avoir envie de l’épouser et de luis faire des enfants.

– Où l’avez-vous connue ?

En 76, dans un bistrot, « La Pizza du Marais », où je chantais mon premier répertoire d’avant « Laisse béton ». Elle, jouant dans un café-théâtre voisin. Dès que je l’ai vue, j’ai dit : « Celle-là, je la drague, je l’épouse, je lui fais des enfants et on vieillit ensemble. » Tout de suite comme ça, en cinq minutes. Mais comme je suis très timide, il m’a fallu un mois de dîners en tenant la main sous la table avant le premier baiser. Et encore, c’est elle qui a fait les premiers pas sinon on y serait encore !

– Et Lolita, votre fille ?

C’est mon deuxième grand amour. Avec elle, j’ai senti que je n’étais plus libre. Plus libre de trop rigoler, même plus libre de mourir. C’est avec un enfant sait qu’on doit faire attention à soi. On s’oblige à ne plus brûler la vie par les deux bouts parce qu’on a une « petite femme » qui compte sur vous pour la réveiller le matin, pour lui faire son petit déjeuner, pour l’aimer, pour lui raconter des histoires, pour l’éduquer, et c’est extraordinaire. Avant, pendant dix ans, quand je pensais avoir un enfant, j’imaginais même pas que je pourrais avoir une fille. Pour moi, l’enfant c’était « Pierrot », le prolongement de moi. Et puis, un jour, quand ma femme était enceinte de cinq-six mois, mon pote Coluche la regarde et il dit en pointant son doigt sur son ventre : « Hou là, là, ça, c’est une fille ! » et moi : « Quoi ? Une fille ? Pas possible ? mais ce serait génial ! » J’y avais jamais pensé. Et du coup, j’ai eu envie d’avoir une fille et quatre mois après, je l’avais. Et c’est Coluche le parrain, bien sûr !

– Et Pierrot ?

Ça vient ! J’y pense sérieusement. Ma gonzesse, pas vraiment mais je commence à insister sérieux, je fais de l’intox tous les jours régulièrement et je sens que ses derniers remparts vont céder. Ça me fera une valoche de plus sur les bras, même deux car je voudrais aussi en adopter un. Comme Dominique en veut un à elle, la chair de sa chair, alors je lui en fais un et j’en adopte un. Une famille de cinq, je trouve ça sympa. Depuis un an, ça me travaille : papa, maman et bébé à table, c’est un peu triste. Oh, j’y arriverai… Je vous tiendrai au courant !

Renaud et tous les musiciens qui l’accompagnent dans son spectacle du Zénith.

– Et « Mistral gagnant » ? le disque, mais surtout la chanson ?

C’est mon petit dernier. Comme d’habitude, j’ai ouvert mes yeux et mes oreilles en grand sur le monde qui m’entoure, que ce soit mon petit monde personnel, ma vie intérieure, mes rapports avec ma femme, ma gosse, mes copains, et en même temps j’ouvre les yeux sur le monde à travers les actualités, les journaux, la télé et ça m’inspire des dégoûts, des révoltes, et des passions.

« Mistral gagnant » le livre paru dans la collection Virgule de Seuil et qui a valu à Renaud d’être l’invité d’« Apostrophes »

– Et puis la tendresse.

Oui, l’âge venant, les rides venant et ma fille grandissant, j’ai éprouvé le besoin de me pencher sur mon passé, sur mon enfance et de raconter à ma môme les bons souvenirs parmi lesquels les merveilleux « bonbecs » que l’achetais en sortant de l’école. Le Mistral, c’était ce petit sachet de poudre acidulée qu’on aspirait avec une paille en réglisse. Et il y avait une petite languette qu’on soulevait pour voir si on avait gagné un autre Mistral ou perdu. Si ça existait encore, il y en aurait eu un par personne au Zénith, distribué à l’entrée avec places gratuites pour les gagnants.

La société qui les fabrique a fait faillite et les autres fabriquants n’ont pas voulu se lancer. Dommage… Alors j’ai appelé le disque comme ça par nostalgie et parce qu’on se demande si Mistral, c’est le vent, ou si c’est le train, ou alors si c’est un cheval, genre « Mistral gagnant dans la cinquième » ! Il y a un côté vainqueur dans ce titre, c’est positif, ça me plaît.

Christine DESCATEAUX
Photos J.-J. Descamps 

  

 

Source : Télé 7 Jours