Visage pâle nous en fait voir… de toutes les couleurs

OK !

N° 666, du 17 au 23 octobre 1988


Pour donner le coup d’envoi de son nouveau spectacle, Renaud a choisi Montpellier. Le reporter de OK! était là

Visage pâle ne fréquente pas les sentiers battus : sa rentrée parisienne il l’a faite au Zénith… de Montpellier ! Et il a tenu ses promesses. Il l’a bien attaqué et il a gagné. Record pulvérisé à l’applaudimètre…

Ça trépigne fort dans la salle. Tout est bon : les mains, les pieds, les cordes vocales. Comme les Indiens au moment de déterrer la hache de guerre. Et puis la voix off de Renaud : « Un spectacle sans première partie c’est comme se faire une galette des rois tout seul. On est sûr d’être le roi, mais c’est triste » ! Façon sympa de présenter le groupe français le plus français de la rentrée : Soldat Louis. Synthés, guitares et cornemuses d’enfer. Poésie bretonne sur fond de rock armoricain. Renaud, il adore et il n’est pas le seul.

Soldat Louis et le rock breton. Ça déménage comme une tempête !

Les petits gars de Lorient pourront donc rentrer tranquilles au port…

Petit entracte avant l’attaque décisive de Visage pâle : « J’aime bien votre ville. J’y ai même des attaches. Mon papa y est né, y a vécu et mon grand-père a enseigné à la fac. Et puis il est très beau votre Zénith ! » Voilà, il s’est expliqué, les choses sérieuses peuvent commencer…

Quand il était mino, sûrement que les parents du petit Séchan lui ont fait écouter la chanson de Brassens qui dit entre autres ceci : « Auprès de mon arbre, je vivais heureux… » Ou plus simplement parce que l’arbre c’est la vie. En tout cas, il a choisi un arbre, un gros — très gros, très beau, avec de l’herbe tout autour et un banc.

Auprès de son arbre, il vit heureux. Et nous aussi, d’ailleurs…

« Au début, c’était un petit bonsaï. » Et maintenant qu’il est immense, il a pu y loger ses musiciens, installer une balançoire et repérer un parcours sinueux qui le transforme tour à tour — et avec un plaisir non dissimulé — en Tarzan, en Peter Pan ou en Robin des Bois. Il jongle dans son arbre comme il jongle avec les mots, les notes, et les émotions.

Le voici en Robin des bois amoureux ! D. R. : Dominique et Renaud.

Un peu de nostalgie avec une chanson de ses débuts, « Hexagone », quatorze ans déjà. De la fièvre avec « Il pleut », car on a l’impression qu’il pleut vraiment ! Quelques larmes au coin des yeux quand apparaît un champ de coquelicots (la fleur que Coluche portait tatouée sur sa poitrine) et qu’il évoque ce « Putain de camion ». De l’exploit-gag quand Visage pâle — à la demande générale — esquisse quelques pas de danse zoulou avant de chanter « Johathan ».

Grand moment de tendresse, enfin, quand après les rappels, Visage mouillé se lance dans « Morgane de toi ». Alors qu’il lui tourner le dos, une petite fille se précipite sur la balançoire et en profite pour laisser flotter ses longs cheveux blonds. Tout le monde l’a reconnue : c’est Lolita, venue avec maman assister au triomphe de son papa, qui viendra terminer les derniers couplets sur la balançoire, Lola blottie dans ses bras.

Après une petite pause sur le banc, un petit tour sur la balançoire.

Qui des deux était le plus ému ? Question sans réponse. C’était à Montpellier, donc, et à Paris, puis ensuite dans toute la France ce sera pareil. A part la présence de mademoiselle Séchan. Mais maman, elle, sera bien là. Enfin, disons presque… Regardez bien le tronc d’arbre, vous y verrez quelque part un cœur, une flèche, un D et un R. Comme Dominique et Renaud. Renaud et sa gonzesse, quoi ! C’est même la dernière image du spectacle : gros plan sur le tatouage de l’arbre. Ce soir-là, comme le dit si bien son mari pendant le spectacle, elle a dû lui dire dans le creux de l’oreille : « Merci infiniment ». Ou sa variante : « Merci indéfiniment »…

François Coubault

  

Source : OK !