Quand Renaud renaude

Fascination
Le Musée Secret de l’Erotisme.

N° 13, avril 1981

Renaud ou l’héritage de la chanson anarcho-réaliste


Quand Renaud renaude

Après avoir sorti un double album live de ses propres chansons (Renaud à Bobino, Polydor 2669.059). Renaud remet ça avec un 33 tours de Chansons réalistes (Polydor 2393.288), enregistrées lors de son passage à Bobino (dont elles constituaient la première partie). Il y a là du Bruant et du Montéhus, mais aussi du Georgius, des succès de Fréhel et de Berthe Sylva, du musette et du grivois. Renaud interprète ça sans effets fastoches, sans intentions parodiques mais avec le même humour qu’il met dans ses chansons à lui. Le résultat n’est pas seulement sympa, il est aussi très chouette. On s’était promis de (re)parler de Renaud dans Fasci­nation, et la parution de ce disque en fournissait l’occase rêvée. On a même fait mieux : on l’a rencontré pour lui laisser la parole.

— Crois-tu que ton public soit l’équivalent, l’héritier du public populaire auquel s’adressaient les gens dont tu reprends les chansons ?

— J’aimerais bien, en tout cas. Mais le public des chansons populaires des années 20 ou 30, j’lai pas connu… J’ai l’impression qu’il était plus réellement populaire, dans la mesure où les gens chantaient dans la rue et où y’avait peu de disques et de radios… Enfin il me semble, hein ! Les chanteurs allaient plus directement vers le peuple. C’est comme ça que j’ai fait mes débuts, d’ailleurs, en chantant le dimanche matin dans les marchés…

— T’as commencé vers quand, à chanter ?

— J’écris des chansons depuis 68 et j’ai commencé à chanter dans la rue en 73, sur scène en 74, sur disque en 75.

— T’as l’air d’avoir un gros penchant pour Bruant…

— Ah ! ouais ! ouais ! Si j’voulais me faire plaisir, j’ferais un album uniquement consacré à ses chansons.

— Ça te dérange pas, ce qu’il est devenu, Bruant ? Pendant t’affaire Dreyfus, il était dans le camp des antisémites à tout crin. Plus tard, il s’est présenté à la députation sous étiquette nationaliste.

— Ah, si ! ça me dérange ! Mais ça n’enlève rien à ses chansons. Montéhus aussi : c’était un farouche antimilitariste et, pendant la guerre de 14, il a écrit des chansons vachement bellicistes et patriotardes !

— Ouais. Georgius également il paraît qu’il était très réac, très xénophobe…

— Je me suis laissé dire ça. Mais j’finirai p’t-être à droite, hein !… si la gauche devient aussi chiante que l’a été la droite pendant vingt ans !

— Heu… Ben faudra prendre position ailleurs, hein!

— J’plaisante, bien sûr. J’finirai pas à droite, moi. Mais Montéhus, Bruant, c’est pas tellement à leurs personnages que je m’intéresse. C’est à c’qu’ils ont fait, à c’qu’ils ont représenté à une époque. M’en fous, s’ils ont fini comme des salauds… Enfin non, j’m’en fous pas, mais c’est pas pour ça que j’vais plus aimer certaines de leurs chansons.

— Y’a sur ton disque une chanson que je connais pas du tout. Elle est pas signée…

La Jeune Fille du Métro? Ouais. C’est Coluche qui me l’a apprise, et il savait pas d’qui c’était. J’ai fait des recherches à la SA.C.E.M., on m’a dit qu’elle était anonyme. Bourvil la chantait, et aussi Mouloudji dans un coffret de chansons paillardes.

— C’est qui, tes chanteurs préférés ?

— Actuellement, c’est Capdevielle. Y’a des gens dont j’aime bien certains côtés. J’aime bien les mélodies et la voix de Cabrel, j’aime bien ses arrangements, j’aime bien l’mec, mais ses paroles me laissent un peu indifférent. J’aime bien certains trucs, pas tout, chez Starshooter bien que je les considère comme le meilleur groupe de rock en France… Mais par contre, chez Capdevielle, j’aime tout : la voix, les arrangements, les mélodies, les paroles, les musiques, le look… Dans les gens moins connus, y’a un mec que j’adore : Boris Santeff. On le compare souvent à moi, parce qu’il chante aussi la zone, la banlieue, le béton, la société dans laquelle il vit, tout ça, mais c’est complètement différent. C’est pas le même langage, pas la même écriture, pas les mêmes mélodies. Il a un style vachement accessible… vachement populaire, quoi, tiens !

—  Et dans la génération d’avant ?

 Trénet, Boby Lapointe, Mouloudji, Brassens… Dans ma discothèque, j’ai pas d’Ferrat, j’ai pas d’Ferré, j’ai pas d’Brel, alors que j’ai tout Brassens, tout Trénet. tout Boby Lapointe.

— Et parmi les gens carrément plus anciens ?

— Chez les femmes, Berthe Sylva et surtout Fréhel. Pas tellement Piaf… Et puis chez les mecs… à part Bruant bien sûr, j’adore certains disques de Georgius…

Et Damia ? Milton ?

— J’connais pas bien… J’suis pas un fana de l’émission d’Averty… à vos cassettes !… là !

— Ce qui est chiant chez Averty, c’est son côté maniaque de la référence. Mais il passe parfois des trucs intéressants.

— Ouais, mais y’a tellement de trucs, hein ! Y’avait autant de chanteurs à l’époque qu’y’en a maintenant, il m’semble. Et y’avait certainement des choses fabuleuses, qu’on connaît pas… Le peu que j’connais, ah ! lala !

— Toi, tu vois une filiation entre des gens comme Bruant, Montéhus, Georgius et toi ?

— Dire non, ça serait mentir. Dire oui, ça serait p’t-être prétentieux. Mais j’me sens de ce courant-là d’là chanson… Alors qu’un mec comme Lavillier, non. Tu vois, un Lavillier aussi, ça fait partie des gens que j’aime bien par certains côtés, que j’adorais à leurs débuts et qui ont évolué dans une direction qui m’intéresse plus. Et, malgré tout, j’trouve que Lavillier est un des grands d’aujourd’hui, quoi… Mais ma seule… disons idole, pour le moment, c’est *** (1). Y’a des mecs qui disent que c’chanteur-là marquera jamais son époque… Moi j’m’en fous, ça m’plaît parce que c’est actuel… y’a des réminiscences de Dylan (que j’adore même si j’comprends difficilement les paroles)… P’t-être bien qu’ça va être éphémère… L’écris pas, parce que s’il le lit il va se fâcher, et puis si ça s’trouve j’me gourre complètement, mais j’sais pas si ce mec marquera son époque comme les Beatles ont marqué la leur, comme Jimmy Hendrix, Morrison ou… Tré­net, Bruant… Mais en fait, j’t’ai dit : j’m’en fous…

Renaud sur la scène de Bobino, dans son répertoire de vieilles chansons réalistes, accompagné à l’accordéon par Joss Baselli (photo Pascal Dacasa).

— J’ai un peu regretté, dans ton disque de Chansons réalistes, que t’aies pas toujours respecté exactement les paroles. Quand tu fais ça avec tes propres chansons pour ton disque live, ça me gêne absolument pas. Mais là, c’est pas tes chansons…

— C’est pas du tout volontaire. J’me suis planté en croyant les connaître par cœur. J’étais persuadé qu’c’était ça les vraies paroles.

— Tout ça, c’est des chansons que t’as toujours connues ?

— Y’en a que j’connais par un mec qui m’a fait découvrir l’intégralité de Fréhel, le directeur de l’association des Amis de Fréhel. Par exemple Un Chat qui miaule, une chanson fabuleuse et que j’connaissais pas du tout. Même mes parents connaissaient pas. Mais les autres, j’les ai toujours connues. J’ai grandi avec : ma mère les chantait, mon grand-père les chantait… Ma mère vient d’une famille ouvrière où tout l’monde, ma grand-mère, les sœurs à ma grand-mère, mes oncles, tout l’monde jouait de l’accordéon… C’étaient des gens du Nord, des ch’timis… C’est chez eux qu’j’ai découvert Berthe Sylva et tout ce folklore. Et c’est par mon père, qui est d’origine bourgeoise, qu’j’ai découvert Brassens, Vivaldi et Mahler. Deux cultures, deux éducations… Bon, quand j’ai commencé à chanter dans les rues, dans les cours d’immeubles de la périphérie et sur les marchés, j’ai repris toutes ces chansons que j’connaissais. J’avais ma guitare et j’étais avec un copain accordéoniste, on mélangeait mes chansons à celles-là. Ça plaisait aux vieux de voir des p’tits jeunes en blouson de cuir chanter les airs de leur jeunesse… Les jeunes, eux, ils voulaient du Dylan ou du Hugues Aufray et j’leur chantais La Java bleue : ils étaient surpris mais ils aimaient bien ! C’est c’qui m’a décidé à reprendre ce répertoire à Bobino.

— Y’a eu aucune réticence, là ?

— Du public, non. Moi, j’étais mort de trouille. Le p’tit rocky qui débarque de banlieue pour m’entendre chanter Laisse béton, Dernier Bal ou Hexagone, si j’vais lui imposer Rue Saint-Vincent ou La Butte rouge, en chantant sans mon blouson de cuir, avec une salopette trop large, une chemise blanche, un foulard rouge et les mains dans les poches, sans guitare, avec un orchestre musette habillé tout en noir… ben c’était pas évident ! Le premier jour, je chiais dans mon froc. Et puis c’est passé vraiment formidablement. Ils ont adoré.

— Y’a eu un public plus âgé qui est aussi venu, peu à peu ?

— Dans l’ensemble, c’était plutôt jeune mais ouais, j’ai vu beaucoup de personnes âgées, très âgées, qui sont pas venues les premiers jours mais par la suite, p’t-être envoyées par leurs enfants ou par la presse. Et puis y’avait aussi le public qu’on me reproche souvent : j’écris pour les voyous et ce sont les bourgeois qui viennent m’applaudir… enfin un public un peu intello, tu vois, le public rive gauche que j’avais déjà au café-théâtre ou au cabaret. C’était pas vraiment la zone, quoi ! Y’avait certainement des rockies qui en avaient rien à foutre, de ces chansons-là, mais ils étaient disséminés dans l’music-hall… En province, j’aurais pas pu faire ça : les mecs viennent en bandes. Les premiers rangs, c’est que des gars bardés de cuir, de chaînes, de clous… Même si la grosse masse du public voudrait bien entendre de vieilles chansons, ça marcherait pas à Brest ou à Belfort, à cause des deux cents loubards des premiers rangs.

— On t’accuse pas d’être à la mode, de faire du rétro ?

— Non, mais c’est étonnant !

— T’as déclaré dans une interview (2) : J’ai grandi dans la haine du flic, de l’armée et de la religion.

— Ouais.

— T’es d’une famille de tradition plus ou moins anar ?

— Ouais, complètement. Anarcho-socialiste. Anar dans la mentalité, socialiste dans le bulletin de vote.

— T’as voté ? (3)

— Ouais. J’ai trahi mes propos ! J’disais dans une chanson qu’on m’verrait jamais marcher avec les connards qui vont aux urnes… ça correspondait à un coup de gueule… ça m’sortait des tripes après une année où l’actualité internationale et française m’avait vraiment révolté contre toute forme d’Etat. L’assassinat de Baader et d’ses amis dans leurs cellules… l’assassinat de Goldman… plein d’autres événements comme ça… J’renie pas du tout c’que j’ai dit dans cette chanson, mais pour moi c’est pas une grande chanson… enfin c’est pas une chanson que j’aime, tu vois, parce que c’est un manifeste… ça correspond trop à un moment de ma vie, à un moment de sensibilité. J’me suis rendu compte, par la suite, que j’avais une haine fondamentale pour les gens qui allaient pas voter, parce que c’étaient soit des égocentriques, soit des conservateurs qui voulaient pas que ça change, soit des gens pas concernés par toutes les injustices sociales et par toutes les luttes… Y’a d’plus en plus de mecs comme ça autour de moi. 

— Et tu crois que le P.S. au pouvoir, ça va changer beaucoup de choses ? Y’aura sans doute un peu moins de dégueulasseries avec les p’tits vieux, leurs retraites, etc., mais…

— J’espère, c’est pour ça qu’j’ai voté… et pour foutre en l’air les barons, les princes et les diamantaires qui nous font chier depuis vingt piges. J’crois pas qu’ça va changer fondamentalement, on restera dans une société capitaliste libérale, mais j’pense qu’y’aura davantage de justice pour les minorités, les immigrés, les ouvriers. Et puis comme dit un pote à moi : on est de gauche par hérédité. Moi, en tout cas, j’ai l’sentiment de l’être… De toute façon, par conviction, les mecs de la gauche sont plus honnêtes que les autres, quoi ! Moi, quand j’vois la tronche à Jospin à côté de celle à Peyrefitte, j’hésite pas une seconde ! Alors p’t-être que les promesses électorales sont des mensonges mais… j’crois pas, non… sincèrement ! Et puis faut laisser à ces gens-là une chance de trouver des solutions… En plus, ouais, à l’époque où j’incitais à l’abstentionnisme, j’étais complètement dégoûté par les magouilles du P.C. et du P.S. qui s’déchiraient entre eux, qui faisaient tout pour pas accéder au pouvoir qu’ils prétendaient vouloir… J’avais vraiment l’impression qu’ils faisaient tout pour faire foirer le peu d’espoir que des millions de gens avaient de voir leurs idéaux… heu… tu vois c’que j’veux dire ?

— Ouais, bien.

— Après les législatives de 78, la rupture de l’Union de la Gauche et les propos de Marchais vis-à-vis de Mitterrand, j’me suis dit : mais pourquoi voter pour ces cons-là qui s’déchirent mutuellement, qui font tout pour perdre alors qu’ils parlent de gagner d’puis vingt ans ? L’ennemi, pour Marchais, c’était Mitterrand plus que Giscard !… Et puis là, ça m’a paru trop près d’réussir… trop important, quoi.

Renaud dans le rôle de Caligula : Chorongula, photo-roman de Wolinski (scénario) et Chenz (photos) paru dans le n° 229 de Hara-Kiri (octobre 1980).

Quand tu chantais dans des fêtes du P.C., ça se passait bien avec les militants ?

— Ah ouais ! super-bien… J’étais pas encore fâché avec les stals, enfin les cocos, avec la Jeunesse Communiste surtout. J’avais pas encore écrit cette chanson.

— Les travailleurs inscrits au P.C. ou à la C.G.T., ça fait partie du public populaire que t’aimerais avoir ?

— Ouais, ouais ! C’est-à-dire que…

—- A ton avis, ils se font baiser par leurs dirigeants ?

— Ah ! moi, j’ai eu, j’ai toujours une haine profonde pour les dirigeants du P.C. — pour tous les dirigeants, d’ailleurs… C’est des mecs que j’aime pas. J’les pense malhonnêtes, J’les pense méchants. Autant qu’ceux d’là droite. Mais la base, non.

— Tu penses qu’ils n’ont pas le choix entre cinquante issues ?

— Absolument. Y’en a deux, tu vois : le P.C. ou le P.S. Enfin… non, y’en a d’autres. Ils peuvent aussi être anars. Mais… non, j’ai jamais craché sur les membres du P.C., j’ai craché sur les dirigeants qui m’ont fait chier, d’abord, qui m’ont insulté. Et… la meilleure preuve, c’est que j’ai toujours accepté de participer aux fêtes du Parti, en province, parce que pour moi c’était important. Les mecs qui s’inscrivent au P.C. sont quand même des mecs en lutte !

— Des mecs de ton bord…

— Ouais, même si on a des… divergences. Même pour dix fois le cachet, j’aurais jamais chanté pour le R.P.R. ou l’U.D.F. ! Les dirigeants du P.C. me faisaient venir parce que j’étais populaire et que j’attirais les jeunes. C’était pas pour mes idées ! J’sentais toujours un p’tit malaise quand j’chantais Hexagone

— C’est une de celles que j’aime beaucoup, celle-là.

— Moi aussi. C’est surtout le couplet sur le mois d’août qui provoquait un malaise, quand j’dis qu’les congés payés vont polluer toutes les plages et par leur unique présence abîmer tous les paysages…

— Eh ! Z’ont pas tellement le choix, pour leurs vacances ! Ils peuvent pas se barrer quand ils veulent, ni où ils veulent… On les parque, on les dirige vers les coins où ça fait marcher l’économie…

— Ah ! ouais, bien sûr… Mais moi, j’suis pour l’abolition du travail, pas pour celle des vacances !

— Faut le dire !

— Et puis j’suis un Français moyen, et quand j’vais en vacances à l’étranger, quand j’rencontre des Français, j’sais pas si c’est des ouvriers ou des bourgeois mais… ils m’font honte ! J’ai honte d’être de leur pays… Ils ont des attitudes odieuses avec les gens des coins où ils vont, tu vois, qu’ce soit en Italie, en Grèce, en Tunisie…

— Dans ton premier disque, y’a une chanson dont j’aime bien certains côtés mais qui me dérange par d’autres… C’est Amoureux de Paname. Dénoncer la cornichonnerie de certains écolos, bon…

— Ah ! non, non, attention, là ! J’dénonce pas..

— A partir d’un certain stade, ça m’a fait chier que tu prennes…

— Ouais, moi aussi !

— … Que tu prennes la défense de­ la tour Montparnasse, parce que…

— Maintenant, c’est une chanson que j’chante plus, et qu’j’écrirais plus !

— … Parce que ça revient à glorifier l’urbanisme pompidolo-giscardien !

— Ouais, ouais, mais j’la chanterai plus jamais sur scène, elle me fait chier aussi… A l’époque où j’l’ai écrite, c’était en 73 ou 74, c’était parce que j’avais d’abord une passion folle pour Paris, pour tout c’que Paris représentait pour moi au niveau du folklore… le musette, l’accordéon, la butte Montmartre, Gavroche, les poulbots (4), Bruant, les quartiers populaires… tout c’Paris-là… Paris historique, culturel…

— Ouais, c’est chouette, Pantruche !

— J’adore. Mais surtout, j’trouvais qu’on nous balançait un peu l’écologie à travers la gueule, à tour de bras, comme une tarte à la crème. J’étais pas concerné, en fait j’savais pas c’que c’était. Pour moi, les écologistes étaient les nouveaux babas cools ou les nouveaux Harikrishnas… C’était une vision complètement simpliste. Depuis, j’ai revu mes positions. J’étais très jeune…

— T’as quel âge?

— 29 !… J’comprenais pas que les écologistes attaquent Paris, la ville… J’comprenais très bien qu’des gens aiment la campagne, la verdure, mais moi j’aimais et j’aime toujours Paris… J’aime le gaz carbonique, j’aime la violence qu’il y a dans la ville, j’aime les bistrots, j’aime la tour Montparnasse… j’la trouve belle, intrinsèquement, en dehors de son contexte. Effectivement, Montparnasse, avec les petites maisons, les vieux quartiers et puis cette tour qui les domine, c’est pas très beau. Mais dans l’absolu, la tour Montparnasse, j’la trouve, belle. Et la tour de la Défense aussi. Y’a des tours immondes, y’a des H.L.M. immondes, mais y’en a d’très beaux. Alors c’est vrai, ouais : j’me foutais de l’écologie. A l’époque, j’te dis, ça m’semblait simplement une lutte contre le béton et l’gaz carbonique, un retour à la nature pour planter des carottes dans une communauté en Ardèche… Maintenant, j’vois ça comme une lutte plus essentielle, à part quelques trucs qui me gonflent ! Le nucléaire, par exemple, ou le gaspillage dans les sociétés industrielles par rapport au manque dans le tiers monde ou ailleurs, tout ça me paraît beaucoup plus primordial que la semaine de trente-cinq heures. D’ailleurs, j’voulais voter écolo au premier tour. J’fais partie de tous les cons qui s’sont fait piéger par la fausse rumeur comme quoi Chirac allait arriver en tête avec Giscard… Tout l’inonde a dit : bon, faut qu’Mitterrand soit en tête… J’veux pas jouer les analystes politiques, mats j’pense que c’est c’qui a fait qu’beaucoup de communistes ont voté pour Mitterrand… Et puis y’avait aussi le comportement des dirigeants du parti, la délation, la « politique du bulldozer »… et j’suis ravi à c’niveau-là, ça prouve que les membres du P.C. tombent pas tous dans les ordureries et les consignes d’ces dirigeants.

Aristide Bruant : « Si j »voulais me faire plaisir, j’ferais un album uniquement consacré à ses chansons. »

— T’as soutenu Coluche, quand il voulait se présenter aux élections…

— Ouais, complètement.

— Pourquoi ? Moi, au contraire, ça m’a vachement gêné, sa candidature.

—Ah ! bon… Parce qu’il risquait de piquer plus de voix à la gauche qu’à la droite ?

— Non. Parce que ça sentait le coup publicitaire… et parce que ça me semble pas être un bon truc, pour dénoncer le magouillage électoral, d’entrer dans le jeu..

— Ben, l’meilleur moyen de cracher sur le système, c’est d’y être dedans !

— C’est bigrement à double tranchant, dis donc !

— Ouais ! mais à c’moment-là… j’crache aussi sur la société de consommation et j’fais des disques, j’les vends, j’gagne du pognon avec… c’est la même contradiction… Coluche exprimait un ras l’bol que j’ressentais par rapport à la droite, par rapport aux arnaqueries du pouvoir, aux faux espoirs et aux espoirs déçus d’là gauche… La preuve qu’il visait juste, c’est qu’il a finalement pas pu se présenter, après les consignes des grands partis pour pas donner leurs signatures aux petits candidats. C’est un principe d’élections totalement antidémocratique, avec des pré-élections… A la limite, comme disait Cavanna, .il suffirait pour élire un président de faire voter tous les mecs qui donnent leurs signatures, quoi !

Fréhel, la créatrice d’Un Chat qui miaule, photographiée vers la fin des années 1920.

— Dans plusieurs de tes chansons, tu parles des mômes. Que t’aimes les enfants, c’est une chose, mais que t’aies envie d’en foutre en vie dans c’te société… ça te pose pas de problèmes ?

— Pas du tout. On m’a déjà posé souvent cette question… J’ai jamais prôné non plus la famille nombreuse, hein !

— Elle est quand même pas très marrante, la société où tu veux lâcher des mômes !

— Je sais. Mais faut la changer. Et pour ça, il faut des combattants. Il faut semer de la graine de rebellés !

— Changer la société, ça commence peut-être par changer les rapports entre parents et enfants.

— Déjà, ben oui, essentiellement… J’voudrais pas employer des termes presque religieux, mais… pour qu’il y ait plus d’amour et moins de haine dans cette société, faut tout r’voir au niveau de l’éducation… les rapports parents-enfants, ensuite enfants-professeurs… Moi, j’aime les enfants. Les gens qui les aiment pas, pour moi, c’est comme les gens qui aiment pas les nègres, c’est p’t-être même pire. Ceux qui veulent pas en avoir, j’les comprends pas… Mais ils sont libres, hein ! Leurs arguments sont toujours les mêmes : à quoi bon mettre un môme en vie dans cette société pourrie, tout ça… Mon père, à 20 ans, disait : on va avoir la guerre, ça sert à rien de faire des enfants, on va tous mourir d’ici dix ans… Bon, bé j’y crois pas, j’suis pas pessimiste sur c’plan-là. Si ça risque d’aller de plus en plus mal, c’est une raison de plus pour grossir les rangs des révoltés. Moi, j’suis conscient d’avoir, comme j’t’ai dit, semé de la graine de rebelle (5). Mes potes, les gens que j’connais, font des gosses. Y’a une vague en c’moment, j’sais pas si t’as remarqué…

— Ouais, j’ai remarqué !

— J’espère que ça fera une génération plus évoluée que la nôtre… qui, déjà, l’est davantage que celle de nos parents, il m’semble.

— Y’a au moins deux de tes chansons, Société tu m’auras pas et Où c’est qu’j’ai mis mon flingue, qui sont.,. t’as d’ailleurs parlé tout à l’heure de manifeste au sujet de la seconde… qui sont des sortes de paris sur l’avenir… C’est toujours valable, comme paris ?

— Ah ! ouais, toujours ! J’ai enregistré Société en 75 mais j’ai dû l’écrire en 70, quand j’chantais encore dans les bistrots, mais Mon Flingue, ça, c’est un peu une espèce de justification… J’dois faire un complexe quelque part, j’tiens trop compte des critiques…

— La pub pour France-Inter, c’est compatible avec tes prises de positions ?

— Ah ! la pub sur l’air de Mon H.L.M., là ?… Ils m’ont demandé l’autorisation d’utiliser gratos la musique. J’aurais refusé pour Europe 1, mais là, ça fait partie d’mes contradictions, j’ai accepté de leur filer ma musique pour un jingle radio… j’ai pas osé dire non… Mais c’est pas moi qui chante, c’est un imitateur, et là j’te cache pas qu’ils m’ont bien arnaqué ! J’ai toujours refusé la pub. On m’a fait des ponts d’or… tout récemment encore… parce que, pour les gens d’là pub, j’représente un potentiel commercial… Bon, j’ai certainement fait une bêtise et c’est en contradiction avec mes idées d’avoir accepté ça…

— Le jazz, ça t’intéresse ?

— Non. C’est une des rares musiques qui m’intéressent pas.

— Y compris le free ?

— Surtout le free ! Le jazz, j’ai jamais pu accrocher… J’ai un blocage, à c’niveau-là. Le jazz et les marches militaires, c’est les seules formes de musique que j’supporte vraiment pas. J’aime le musette, j’aime la chanson française, j’aime le rock, j’aime la musique classique, j’aime la musique folklorique sud-américaine ou autre, mais le jazz… j’accroche pas du tout, quoi. Sûr que le free jazz, encore moins. Pourquoi ?

— Comme ça, pour savoir. Entre le jazz et le rock, y’a pourtant des tas d’interférences. Le jazz-rock, ça existe…

— Ouais. J’aime pas non plus. Mais j’suis pas un fana du rock, hein ! J’aime le rockabilly, j’aime les Stones, j’aime le folk-rock de Dylan, j’aime les Doors, j’aime les Who et tout ça, mais j’aime pas le hard rock, ni le jazz-rock.

Comme Bruant, comme Trénet, les Beatles ont marqué leur époque… John and Yoko, un des dessins de John Lennon qui, exposés en 1970 à la London Arts Gallery, valurent à celui-ci de sérieux ennuis avec les flics.

Ton prochain album, ça sera quoi ?

— Ben j’voudrais bien l’savoir !

— T’as pas terminé toutes les chansons ?

— J’les ai pas commencées. J’en avais deux, et puis j’les ai mises dans un tiroir… Donc, j’en ai zéro.

Montmartre et ses poulbots : La Première Cigarette, dessin de Francisque Poulbot. En légende, la fillette recommande : « — Me fous pas l’feu au c… ! » D’abord destiné à illustrer le menu d’un banquet, ce dessin provoqua l’indignation du pudibond sénateur Bérenger lorsqu’il parut, en 1911, en couverture du journal Les Hommes du Jour. Poulbot fut conséquemment poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs.

— Y‘avait une évolution à travers tes quatre premiers albums : tu vas essayer de t’y inscrire dedans à nouveau ?

— Evolution… dans quel sens ? De plus en plus d’violence, c’est ça ?

— Ouais. Tes chansons étaient de plus en plus radicales dans le refus d’un certain type de fonctionnement de la société. C’était surtout évident dans le dernier.

— Il est pas gai, gai, quoi !

— D’une part, mais aussi… Tu dis dans l’interview de Virus que t’as peut-être un rôle démobilisateur et que, si t’y penses, ça t’emmerde un chouïa…

— C’est pas moi qui ai dit ça, c’est l’journaliste qui m’l’a fait dire… Et il avait p’t-être raison, remarque !

— Personnellement, je trouve qu’au contraire tu évolues, à travers tes disques, vers une mobilisation… une mobilisation contre l’ordre établi..

— Ben, c’est c’que j’pensais aussi… Le mec a dû me piéger avec sa rhétorique.

— Démobiliser, c’est faire baisser les bras. Mobiliser, c’est dire aux gens : levez-vous ! et puis gueulez ! frappez  !

— Ouais, ben moi c’est c’que j’espère dire dans mes chansons, en tout cas… Mais d’là façon dont il m’a expliqué les choses, lui, elles semblaient plutôt démobilisatrices… Et comme il causait mieux qu’moi, tu vois, mes chansons s’mettaient à signifier : tout est foutu, tout est gris, la vie est triste…

— C’est vrai que certaines sont assez pousse-au-suicide, Mimi l’Ennui par exemple.

— Moi, j’sais pas. J’reçois des lettres de p’tites filles et de p’tits mecs qui m’disent qu’écouter mes chansons, au contraire, ça leur enlève l’envie de se flinguer… ça les rattache à la vie, ça leur donne envie de lutter concrètement…

— Et dans cette optique-là, tu sais vraiment pas où se situera ton prochain album ?

— Heu… Bon, j’suis un peu emmerdé par rapport à la situation actuelle. Si j’écris une chanson maintenant, j’peux difficilement pas tenir compte du fait qu’la gauche est au pouvoir… Seulement, le disque, il sortira en septembre-octobre, et d’ici là il se sera sans doute passé tellement de choses que mes chansons pourront être déconnantes vis-à-vis d’la réalité. Mais de toute façon, ça sera toujours un appel à la révolte, contre toute forme d’exploitation, d’ordre établi… et de… de…

— De pouvoir ?

— Et de pouvoir, ouais.

— Le pouvoir, quel qu’il soit, faudra toujours lutter contre.

— Là-d’sus, j’ai pas changé d’avis… C’est c’que j’ai toujours fait… p’t-être davantage dans l’dernier disque, effectivement. Mais c’était pas une démarche calculée, cette évolution… Ça venait d’mes tripes, quoi ! Quand j’vois que même Libé ose pas titrer qu’on a assassiné Baader… Ils ont parlé de « suicide » entre guillemets… Pour moi, c’est des mecs qui ont pas de couilles !

Anar dans la mentalité, socialiste dans le bulletin de vote… : dessin de Grand-jouan en couverture du n° 265 de L’Assiette au Beurre (28 avril 1906).

Qu’est-ce que t’en penses, de Baader et du terrorisme en général ?

— C’est difficile d’en parler quand on est pas soi-même dedans, quand on est bien planqué à Paris et qu’on gagne bien sa vie…

— Tu te sens des sympathies quand même pour ces gens-là ?

— Ah ! oui, complètement ! beaucoup ! Pour la bande à Baader, oui, même s’ils se sont plantés quelquefois… Pour les Brigades rouges, j’suis plus sceptique : j’suis convaincu qu’elles sont manipulées par l’Etat, qu’elles sont à la solde du pouvoir… parce qu’elles font parfaitement son jeu en Italie…

— Dans Mon Flingue, tu cites aussi Bonnot. C’est un cas vachement douteux, ça, Bonnot…

— J’ai cité Bonnot pour la rime. Au départ, j’voulais citer Makhno, mais personne le connaissait… on m’demandait toujours qui c’était !… (6)

— Tu bouquines beaucoup?

— Surtout des polars… et puis Céline, Drieu La Rochelle, Maupassant, Boris Vian, Breton. J’ai lu pas mal de science-fiction à une époque… Van Vogt, tout ça… Mais j’ai surtout une passion pour les polars… les grands auteurs américains… et aussi des français comme Manchette, Varoux, Vautrin…

— Une rumeur prétend que t’es le fils d’un gros éditeur très friqué.

— Tu parles !… Bon, j’vais mettre les choses au point… J’suis par l’fils Gallimard… J’m’appelle pas Renaud Pauvert ou Renaud Seuil… L’père de ma mère était prolo, celui d’mon père enseignait le grec à la Sorbonne… C’était un intello, un bourgeois. mais pas spécialement quelqu’un de friqué… Mon père, lui, travaille dans l’édition mais c’est pas lui l’éditeur… Il s’est occupé, à une époque, de la Bibliothèque Rose chez Hachette. Maintenant, il supervise les traductions, fait du rewriting… Il a d’abord lui-même écrit des bouquins pour enfants dans la collection…

Quand les congés payés franchouillards vont polluer toutes les plages,.. : carte postale baromètre artistique de la fin des années 30. Un Ministère des Loisirs venait (déjà !) d’être, en 36, confié au socialo Léo Lagrange qui, précisément, instaura les congés payés annuels.

— Sous quel nom?

— Son vrai nom : Olivier Séchan. Avant, il a écrit plusieurs polars sous un pseudo : Lawrence T. Ford.

— C’est vrai que t’as envie d’en écrire, toi, des polars?

— Ah ! ouais, moi, les polars, ça me branche ! J’vais m’y mettre un d’ces jours… Si j’ai envie d’écrire, c’est essentiellement parce que c’qui m’plaît, dans l’métier d’chanteur, c’est qu’j’écris mes textes… Aller chanter sur scène, ça me plaît quand j’y suis mais c’est tout. En tournée, j’prends mon pied deux heures par jour : les deux heures où j’suis sur scène, en contact avec le public. Mais c’qu’y’a autour, les voyages en autocar, les restaus minables, les interviews, les groupies, ça me gonfle au plus haut point. C’qui m’intéresse dans la chanson, c’est la création proprement dite… l’écriture… Même pour la musique, j’me force : j’suis pas musicien, j’m’oblige à foutre des musiques sur mes textes parce que c’est ça le véhicule de l’époque… Y’a vingt ans, j’aurais pas été chanteur mais poète. C’qui m’intéresse, donc, c’est écrire… J’ai envie d’écrire… En c’moment, j’fais une bande dessinée avec un copain dessinateur. Moi, j’suis l’auteur. On a repris le personnage de Gérard Lambert pour en faire un héros de bédé (7).

Le cul, ça intéresse tout l’monde… : photo anonyme des années 20.

— Qui c’est, ce copain dessinateur?

— Ben c’est un jeune mec inconnu, qui dessinait dans un hebdomadaire d’la Seine-et-Oise… Enfin c’est un copain depuis qu’on bosse ensemble : avant, j’le connaissais pas ! La bande dessinée, j’trouve ça fabuleux. J’ai grandi avec, j’en ai tellement lu que j’ai pas d’difficulté pour en comprendre le principe, le  fonctionnement… Ecrire un polar, ça, ça fait un moment qu’ça m’trotte… un polar ou un scénar…

— Un scénar pour le cinoche ?

— Ouais. Parce que c’est aussi d’la création, de l’écriture, tu vois… J’sais même pas si j’aurais envie de jouer dans l’film. Le cinoche, j’y vais deux ou trois fois par an, pas plus. J’vais au théâtre tous les trois ans, et j’vais voir un concert tous les six mois… En fait, j’aime pas être assis dans une salle, être un spectateur passif… ça m’fait chier…

— C’est par copinage que t’as fait la musique et la chanson de Viens chez moi, J’habite chez une copine ?

— Ouais. J’étais copain avec Michel Blanc, le coscénariste et interprète principal du film. Il m’a fait lire le scénar et j’ai trouvé ça sympa, sans plus, puis il m’a demandé de faire la musique… Et j’ai souvent du mal à dire non, tu vois, quand on m’propose des trucs gentiment. Moi, c’te musique, j’en suis pas entièrement satisfait… La face B du 45 tours est pas mal… J’avais fait ça uniquement pour le film, au départ, et puis ma maison de disques a insisté pour sortir un 45 tours… C’est une expérience que j’ai tentée mais qui s’reproduira pas. Faire une musique de film, c’est chiant. Et puis les gens qui aiment mes chansons m’ont dit : ouais, c’est pas toi, l’personnage que tu chantes… pourquoi tu dis « je » ?… parce que j’avais essayé de me foutre dans la peau du personnage du film, et qu’ce personnage c’est effectivement pas moi. J’me suis dépensé, j’ai bossé là-d’sus pendant deux mois… enfin disons un mois… j’aurais mieux fait d’écrire des chansons pour un album à moi !

Photo « porno » 1925 : la réceptivité à un certain type d’érotisme n’est qu’une question de fantasmes…

— Bon, faut pas oublier que Fascination est un canard de cul… Ça t’intéresse, le cul ?

— Ah ! ouais, ça m’intéresse vachement, le cul ! Bien sûr ! Mais ça intéresse tout l’monde, non ?… enfin il m’semble ! Moi, ça me branche bien. D’ailleurs, j’me demande si j’vais pas faire une chanson de cul, pour mon prochain album… un truc carrément obscène, avec des mots comme bite, comme couilles, comme chatte, tout ça… Ouais, le cul, j’aime vachement ça… C’est chouette, le cul ! J’aime beaucoup les trucs que tu passes dans Fascination… J’trouve ça bandant… très bandant… enfin j’veux dire bandant dans la tête… C’est beau… En tout cas, c’est bien plus bandant et bien plus beau que c’qu’on voit dans Playboy, je trouve ! Moi, ça m’touche davantage… Question de fantasmes…

Propos recueillis
par Jean-Pierre BOUYXOU.


(1) Conformément au désir de Renaud, nous ne donnons pas le nom de l’auteur-compositeur-interprète dont il parle (… et dont il n’est pas impossible de deviner l’identité !), mais il nous a semblé intéressant de conserver au moins son avis (signifiant) sur celui-ci.

(2) Entretien avec Claude Gentrot et Raynald Guillot, paru dans le magazine Virus (décembre 1980).

(3) Ces propos (relus et corrigés par Renaud après transcription) furent recueillis le 19 mai 1981, soit neuf jours après l’élection, au second tour du scrutin, de François Mitterrand à la présidence de la République.

(4) Parmi les tatouages qu’exhibe Renaud sur ses biscottos, se retrouve une splendide repro (en couleur) du dessin d’enfant par Poulbot.

(5) Renaud est le père d’une petite fille, Lolita, à qui est dédié son album de Chanson réalistes.

(6) Nestor Makhno fur l’un des derniers « chefs » anars de la révolution soviétique. Il tenta de créer un Etat libertaire anticommuniste puis s’allia aux Soviets, en 1919, contre le général tsariste Dénikine. Après la victoire sur celui-ci, les communiste trahirent les anars et les massacrèrent. Makhno put toutefois fuir et se réfugia en France, où il mourut dans la misère.

(7) Gérard Lambert est le héros (inspiré du comédien Gérard Lanvin, ami de Renaud) de la chanson Les Aventures de Gérard Lambert, dont la musique (sur un thème de Renaud parodiant ceux de Morricone pour les films de Leone) est d’Alain Ranval, allias Ramon Pipin du groupe Odeurs.

 

Source : Fascination